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[Paris] Rassemblement en hommage aux victimes de la Nuit de Cristal nazie

le 9 novembre 2019, par MEMORIAL 98

Rassemblement en hommage aux victimes de la Nuit de Cristal nazie

Samedi 9 novembre à 16 h devant le Gymnase Japy, 2 Rue Japy à Paris dans le 11e arrondissement

Métros : Charonne/Voltaire

Memorial 98 organise pour la sixième année consécutive ce rassemblement en mémoire des victimes de la « Nuit de Cristal », pogrom d’État commis par les nazis le 9 novembre 1938, contre les Juifs d’Allemagne, d’Autriche et des Sudètes et vous invite à y participer.

La Nuit de Cristal : une étape majeure de la persécution des Juifs

Lors de cette vague de violences organisée par les nazis, plusieurs centaines de personnes juives furent tuées, vingt-six mille arrêtées et pour certaines jetées dans des camps de concentration. Deux cent soixante-quinze synagogues furent brûlées ou détruites ( voir ci-dessous le déroulement organisé par les nazis).

Dans la montée du nazisme et du fascisme en Europe, la Nuit de Cristal a représenté un jalon important.

Les nazis, au pouvoir depuis 1933, franchissaient une nouvelle étape avec cette vague de violences antisémites commises au vu et au su de toute l’Europe.

Les images des synagogues incendiées, des enfants, des femmes et des hommes assassinés, arrêtés en masse, frappés et humiliés en public ne pouvaient pas être ignorées.

Pourtant, en France les informations venues d’Allemagne ne changèrent pas la situation ; ni à la politique de refoulement des Juifs qui tentaient de fuir l’Allemagne, ni à la politique de laissez faire face à Hitler. La France fut ainsi la seule grande démocratie à ne pas avoir dénoncé officiellement les massacres perpétrés dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938.

En 2018, à l’occasion du 80e anniversaire de la Nuit de Cristal, Memorial 98 a organisé une conférence spéciale. Trois historiens spécialistes de la Shoah Tal Bruttmann, Laurent Joly et Marie-Anne Matard-Bonucci, y ont abordé la place de la Nuit de Cristal dans l’histoire du nazisme et de la Shoah, les réactions en France au lendemain du 9 Novembre 1938 notamment dans l’extrême-droite antisémite et l’imposition des lois antisémites en Italie quelques semaines avant la Nuit de Cristal.

L’enregistrement filmé de la conférence est à voir ici : https://www.youtube.com/watch?v=LktMd-0B7uI&fbclid=IwAR25sTpjRMgzodzh1flevehe8tNfvH4WS4iTSNl_y2rdjTlGKLxAmLyf7cs

En 2019, soixante-quatorze ans après la défaite du nazisme, l’extrême-droite est à l’offensive partout.

Ainsi en Allemagne le 27 octobre, le parti d’extrême-droite AfD atteint 24% des voix. Ce score est d’autant plus inquiétant qu’il a été atteint malgré les critiques ayant visé ce parti après le récent attentat antisémite et xénophobe ayant fait deux morts, commis par un militant néonazi à Halle dans l’Etat voisin de Saxe-Anhalt. le 13 octobre, jour de la plus importante fête juive de Yom Kippour.

Le chef de file de l’AfD en Thuringe, Björn Höcke, chef de la tendance la plus droitière du mouvement baptisée "l’aile" ( Pflügel en allemand) a été accusé, à juste titre, d’avoir préparé le terrain idéologique pour les actes de Halle, où un massacre dans ne synagogue a été évité de peu, par ses déclarations contre la "repentance" pour les crimes nazis. Il a par exemple qualifié le Mémorial de la Shoah à Berlin de « monument de la honte »

Tueries dans des synagogues : Pittsburgh, San Diego, Halle

Dans la dernière année des attentats terroristes d’extrême-droite ont frappé plusieurs synagogues, à Pittsburgh le 27 octobre en faisant 11 morts, puis six mois plus tard exactement le 27 avril à San Diego (1 mort et plusieurs blessés) Un attentat d’extrême-droite a fait 51 victimes dans les mosquées de Christchurch.

Il n’est jamais trop tôt pour dire « Plus jamais ça ». Il n’est jamais trop tard pour faire de nos mémoires un outil contre les idées d’exclusion.

Cette commémoration est soutenue par le Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le négationnisme] l’association Ibuka-France (Justice et soutien aux rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda), la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) l’association Fonds Mémoire Auschwitz ( AFMA).

Memorial 98 et ses partenaires rendront hommage aux victimes de tous les génocides et de tous les actes de racisme pour lesquelles nous demandons la reconnaissance, la justice, la réparation, du génocide des Arméniens a celui des Tutsi, de celui des musulmans de Srebrenica profané récemment par l’attribution du prix Nobel de littérature à Peter Handke, à celui des Yezidis d’Irak, de celui des Rohyngias de Birmanie à celui des Herero en Afrique australe sans oublier celui des Roms.

Le gymnase Japy est un lieu particulier de mémoire puisque c’est là que furent parqués les Juifs raflés par la police de Vichy dès 1941, avant d’être déportés vers les camps d’extermination nazis.

Nous allumerons des bougies du souvenir avant des prises de parole qui rappelleront que la mémoire des génocides nourrit nos combats actuels contre le racisme et le fascisme.

Nuit de Cristal : les SA, les SS et la Gestapo en action

Les nazis guettaient une occasion pour lancer une étape supplémentaire de ce qui deviendrait, selon leur terminologie, la « solution finale du problème juif en Europe ».

Le premier acte en sera un vaste pogrom organisé dans tous les territoires sous domination allemande, destiné à terroriser les populations juives et à les forcer à émigrer.

L’attentat à Paris contre le conseiller d’ambassade allemand Vom Rath leur offre un prétexte idéal.

Herschel Grynzspan était un jeune Juif polonais qui, le 7 novembre 1938, dans un geste de protestation contre le sort des Juifs en Allemagne et l’expulsion de milliers d’entre eux vers la Pologne, avait abattu à Paris le conseiller d’ambassade Vom Rath.

Hitler prépare alors une mise en scène destinée à démontrer que les Allemands du Grand Reich sont menacés par les Juifs. Le quotidien officiel du parti nazi, le "Völkischer Beobatcher", dirigé par Goebbels, écrit ainsi le 8 novembre, alors que Vom Rath est encore vivant : "… Il est clair que le peuple allemand tirera les conclusions de cette nouvelle action. On ne peut plus tolérer que des centaines de Juifs règnent encore à l’intérieur de nos frontières sur des rues entières de magasins, qu’ils peuplent nos lieux de distractions, que des propriétaires étrangers empochent l’argent des locataires allemands tandis que leurs frères de race incitent au-dehors à la guerre contre l’Allemagne et tuent des fonctionnaires allemands".
Parallèlement, dès le 8 novembre, les nazis prennent la précaution de confisquer chez les Juifs tout objet que ceux-ci pourraient utiliser pour se défendre.

Lorsque Vom Rath décède, le 9 novembre, l’organisation de la terreur est en place. Au moment où la nouvelle parvient à Hitler, ce dernier se trouve à Munich, avec la « vieille garde » des Sections d’assaut du parti nazi (SA). Ils sont réunis comme chaque année pour commémorer la tentative de putsch nazi de 1923 qui a également eu lieu le 9 novembre.

Hitler quitte l’assemblée sans prononcer de discours et déclare : "Il faut laisser le champ libre aux SA (Sections d’Assaut)".

C’est Goebbels, ministre de la Propagande, qui se charge d’annoncer publiquement le décès de Vom Rath devant l’assemblée des SA, et également d’inciter au pogrom.

Les principaux chefs nazis quittent ensuite la réunion et téléphonent des instructions à leurs sections régionales.

Pour les troupes nazies, il s’agit d’abord d’incendier les synagogues, sans laisser les pompiers intervenir, de détruire les magasins juifs et d’y apposer des pancartes "Mort à la juiverie internationale", ainsi que de tuer sur place les Juifs trouvés en possession d’une arme.

Dans le même temps, un message secret est diffusé depuis la direction de la Gestapo (police secrète d’Etat) de Berlin.

Pour la Gestapo, il s’agit d’incendier les synagogues, mais d’empêcher les pillages, de mettre en lieu sûr les archives trouvées dans les synagogues, de préparer l’arrestation de 20 à 30 000 Juifs parmi les plus fortunés, de traiter avec une « extrême rigueur » les Juifs trouvés avec des armes.

Dans son Journal, Goebbels confirme qu’il présente un rapport sur la situation à Hitler ; ce dernier décide de laisser les manifestations se poursuivre et donc de faire retirer la police.

Goebbels commente : « Les Juifs doivent sentir pour une fois la colère du peuple. »

Il décrit ensuite précisément son action, motive les indécis. Il est ovationné par les dirigeants du parti. Tous se précipitent sur leurs téléphones. Le bataillon des SA « Hitler » part attaquer les Juifs de Munich.

Selon les directives de Goebbels, la seule réserve est de ne pas apparaître en tant qu’organisation officielle. La fiction de la « réaction populaire » doit être maintenue. Aussi, les SA et les SS s’habillent en civil et passent à l’acte dès 1 heure de matin.

Du nord au sud de l’Allemagne, incluant l’Autriche et Sudètes annexées, synagogues, maisons communautaires, asiles de vieillards, hôpitaux juifs, maisons d’enfants, logements privés et magasins juifs subissent l’assaut.

Les synagogues sont pillées, saccagées, détruites, incendiées, sans que les pompiers n’interviennent, se contentant d’empêcher la propagation des incendies aux maisons alentour. Des groupes de SA attaquent les magasins juifs qui sont facilement reconnaissables, depuis qu’une ordonnance nazie a exigé que le nom du propriétaire soit peint sur la vitrine en grandes lettres.

Pour la mémoire et la mobilisation contre les fascismes

Il y a 80 ans, les gouvernements européens, pourtant dument avertis, refusaient de regarder la réalité nazie en face.

Ils fermaient leur frontière à ceux qui fuyaient Hitler, et laissaient commencer le massacre des Juifs, qui allait finir en génocide.

L’Histoire nous montre sans cesse que les violences, les massacres, voire les génocides dirigés contre une partie de la population et considérés ailleurs avec indifférence aboutissent toujours à l’extension de la guerre et de la haine au niveau mondial.

Nous serons ces témoins qui n’oublient aucune victime de la violence fasciste du passé, parce que l’oubli est la meilleure arme des héritiers des bourreaux.

La mémoire des génocides nourrit nos combats contre le racisme et le fascisme.

Retrouvons nous le 9 Novembre 2019 à 16h H devant le gymnase Japy (2 rue Japy 75011, métro Voltaire ou Charonne) afin de rendre hommage aux victimes de la Nuit de Cristal et de tous les génocides.

MEMORIAL 98

Vous êtes aussi invités à aider à financer les frais liés à l’organisation de la commémoration, en participant à la souscription "Pot Commun" ci-dessous :
https://www.lepotcommun.fr/pot/hkegfjbc