En débat

La droite nationale en Corse ou la naissance d’une organisation néo-fasciste

le 18 janvier 2016, par A Manca

Ce week-end se déroule dans le Venacais la première réunion publique d’un des courants parti prenante de cette « facho-sphère » polymorphe qui tente de prospérer au sein de notre société.

Le site « Corsica Patria Nostra » en fait l’annonce et en assume la promotion. L’objectif de ce rassemblement est la fondation officielle d’un mouvement politique positionné en tant que droite nationale corse. Ses concepteurs, encore réfugiés dans une forme d’anonymat, vont y proposer une série de points en vue de la création de statuts.

L’objet de ce travail est bien entendu d’alerter le plus grand nombre sur l’émergence de cette organisation. Il est d’emblée nécessaire de se garantir d’au moins deux errements. Le premier qui consisterait à relativiser cet événement et le second, lui, qui consisterait à surdimensionner la surface actuelle de ce courant politique en cours de structuration d’ensemble.

Les derniers événements dits des « Jardins de l’Empereur » prouvent que le rôle d’une poignée d’individus, en lien direct avec une fraction de l’extrême droite, s’est avéré déterminant.

Antérieurement, de nombreux signaux d’alerte permettent de comprendre que l’agitation des fascistes précède tout à la fois les manifestations racistes de Noël, le rassemblement anti-réfugiés à l’automne 2015 devant les grilles de la préfecture de Bastia, l’affaire de l’école du Fium’Orbu, et plus antérieurement le retrait d’une œuvre dans le cadre d’une exposition sous la pression d’un groupuscule de catholiques intégristes. Ces mêmes signaux rendent également possible la perception des thématiques autour desquelles les fascistes se structurent.

Ces faits ont été clairement relativisés par la quasi-totalité de la classe politique et leur traitement par les médias (à l’exception de Via Stella dans une moindre mesure) a préféré l’événementiel à une enquête d’investigation qui aurait, si elle avait eu lieu, permis de faire le lien entre les activités de la « facho-sphère » et ces manifestations publiques.

Le second écueil à éviter concerne toutes celles et ceux qui s’engagent aujourd’hui dans le combat anti-raciste et anti-fasciste. Du point de vue de sa surface militante, l’extrême droite est en Corse ultra- minoritaire. Ce qui signifie que c’est d’abord au niveau des idées que notre mobilisation doit en interdire la prolifération, parce qu’il en est encore temps de la faire et qu’il serait contre-productif de laisser à penser à l’opinion publique que les fascistes constituent une force pratiquement invincible. L’approche que l’on doit avoir du FN, qui n’est qu’une des composantes de la « facho-sphère », va être traitée ultérieurement de façon spécifique. Pour l’heure nous nous consacrons à la vermine qui tente de se draper sous les couleurs (selon ses prétentions affichées), de la lutte d’émancipation du peuple corse.

Combattre sans la moindre concession le péril fasciste nécessite d’en repérer les thématiques, d’en donner une traduction lisible et compréhensible et d’en démonter l’argumentation.

Vous trouverez donc dans la première partie de ces travaux, deux documents publics diffusés sur le site d’extrême droite connu sous l’appellation de « Corsica Patria Nostra ». En miroir de cette prose nauséabonde, figurent des commentaires. Ce décryptage a plusieurs fonctions. En toile de fond des écrits quelque peu « ésotériques » des auteurs de ces documents, se trouvent les références auxquelles font appel leurs auteurs. Ainsi, leur lecture de la constitution de Pasquale Paoli, et plus précisemment l’interprétation qui en est faite, voisinent des thématiques présentées elles, de façon immédiatement moins explicites. A l’heure où le niveau de conscience politique a subi une considérable érosion, celles-ci peuvent ne pas apparaître pour ce qu’elles sont dans leur réalité crue : les contours et les fondements idéologiques d’un mouvement national-socialiste que tentent de réhabiliter les courants néo-fascistes qui sévissent en Corse, comme au niveau européen.

Une des tâches des anti-fasciste consiste donc à empêcher toute tentative de banalisation de ce langage, puis de lui en interdire la possibilité de contaminer la sphère publique sous le couvert de la défense du bien commun. Plus globalement, il s’agit de montrer que ces néo- fascistes ne sont en rien porteurs d’idées politiques « comme les autres », qu’ils pourraient exprimer au nom d’une quelconque liberté individuelle, mais plutôt d’idées criminelles dont la singulière finalité est la destruction de toute altérité.