En débat

Le combat contre la montée des idées réactionnaires et du FN, un combat démocratique et révolutionnaire

le 8 septembre 2013, par Yvan Lemaitre

Contribution au débat écrite sur la base de l’intervention présentée par l’auteur à un atelier de l’université d’été du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) à Port-Leucate.

Photothèque Rouge/Alice D.

Source : Europe Solidaire Sans Frontière.

Comme nous l’avions anticipé et écrit à maintes reprises, en particulier dans les textes d’orientation du dernier congrès [du NPA] , la politique du gouvernement et du patronat face à la crise de leur propre système combiné à l’adaptation des grandes confédérations syndicales à la politique du dialogue social, de la collaboration de classe sans que la gauche radicale et le mouvement révolutionnaire ne soient à même d’offrir une perspective crédible laissent au FN un large terrain pour développer son influence pernicieuse au sein d’une fraction du monde du travail et des classes populaires.

Cette situation est lourde de menaces, de dangers.

L’assassinat de Clément Méric est intervenu comme un coup d’éclair dans un ciel chargé à l’issue de la mobilisation des forces réactionnaires contre la loi du mariage pour tous. Il a résonné comme un avertissement, révélant aussi la faiblesse du mouvement démocratique et révolutionnaire. Pratiquer l’incantation voire l’imprécation, crier au loup ne peuvent masquer ces faiblesses qu’aux yeux de celles et ceux qui se bluffent eux-mêmes. Dénoncer le fascisme au nom de l’antifascisme, la lutte du bien contre le mal, ne pourrait être au mieux qu’un exutoire pour une petite minorité. La lutte contre la montée des idées réactionnaires, de l’extrême droite, les menaces fascistes est une lutte globale contre la régression sociale et politique engendrée par la crise globale du capitalisme. Les aspects spécifiques qu’elle peut prendre s’inscrivent dans cette lutte globale, une stratégie d’ensemble. A plus ou moins long terme, c’est l’avenir même de la société qui est en jeu, il dépend de l’intervention du monde du travail, des classes populaires et de la jeunesse sur le terrain social et politique pour défendre leurs propres intérêts sociaux et démocratiques, ceux de la collectivité.

Y contribuer est le projet même du NPA.

Comment concrètement et pratiquement agir aujourd’hui, comment combiner stratégie et tactique, la lutte contre l’extrême droite et notre orientation générale ? En discuter revient à confronter l’orientation formulée lors du congrès à l’évolution de la situation pour mieux définir notre stratégie et les moyens de la mettre en œuvre, notre tactique contre l’extrême-droite.

Cette discussion est concrète, pratique au regard d’une situation inédite et de son évolution. Elle se mène en lien avec les discussions au sein du mouvement syndical ou dans les organisations de la gauche du PS, dans le monde du travail et la jeunesse. Ce texte est une contribution à ce débat.

Analyser une situation concrète

Il me semble nécessaire de faire un détour avant d’entrer dans le vif du sujet en empruntant à Philippe Corcuff une sorte de préambule écrit dans un texte récent au sujet du livre collectif En finir avec l’Europe. Il y pointe, je cite : « des faiblesses intellectuelles que l’on retrouve assez largement dans les gauches politiques aujourd’hui, dont des tendances :

à l’essentialisme : la saisie des réalités socio-historiques comme des « essences », c’est-à-dire des entités homogènes et durables plutôt que traversées par des contradictions sociales et historiques, comme nous l’ont appris des figures de la pensée critique, de Proudhon et Marx à Foucault et Bourdieu ;
et au manichéisme, dans une logique binaire qui constitue aujourd’hui une caricature assez courante de la radicalité, chez ses critiques comme chez certains de ses partisans ; « saisir les choses à la racine » (origine étymologique de « radical ») ne supposerait-il pas plutôt un sens des nuances et des complexités du réel ? »
Je crois que ces deux défauts intellectuels sont liés. Le manichéisme crée pour ses propres besoins l’essentialisme. Le mythe du fascisme, hors du temps et de l’histoire, participe d’un mode de discussion manichéen, le bien et le mal. Il en est souvent de même dans la façon de manier les références ou analogies historiques, Octobre 17, le bolchevisme ou le front unique comme la social-démocratie ou le réformisme ou l’impérialisme. L’ensemble de nos discussions sont trop souvent dominées par des formules toutes faites, vidées de leur contenu historique, alors qu’elles ont été forgées il y a un siècle !

Marx avait ironisé sur le fait que les cerveaux de ceux qui veulent changer le monde sont dominés par le passé, ceux de 1848 par 1789, moins d’un siècle ! « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas de leur plein gré, dans des circonstances librement choisies ; celles-ci, ils les trouvent au contraire toutes faites, données, héritage du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants. Et au moment précis où ils semblent occupés à se transformer eux-mêmes et à bouleverser la réalité, à créer l’absolument nouveau, c’est justement à ces époques de crise révolutionnaire qu’ils évoquent anxieusement et appellent à leurs rescousse les mânes des ancêtres, qu’ils leur empruntent noms, mots d’ordre, costumes, afin de jouer la nouvelle pièce historique sous cet antique et vénérable travestissement et avec ce langage d’emprunt » [Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte]. Cette ironie nous vise directement.

Essayons donc de discuter concrètement d’une situation inédite, ouverte où nous avons une nouvelle page à écrire.

Notre indiscutable retard

C’est une évidence que de constater notre retard et nos difficultés au regard de l’évolution des rapports de forces, de l’offensive de la bourgeoisie et de la montée des forces réactionnaires. Ce retard s’exprime à tous les niveaux et pas seulement dans la lutte contre l’extrême-droite ou, plus précisément, la montée des idées réactionnaires et de l’extrême-droite est, pour une part, une des conséquences de la paralysie du mouvement ouvrier dont les principales organisations restent prisonnières du cadre social et politique imposé par les classes dominantes et de la difficulté du mouvement révolutionnaire à apporter une réponse à cette crise historique du mouvement ouvrier.

Force est de constater que le mouvement révolutionnaire n’a pas été capable de développer son influence durant la décennie qui a suivi l’effondrement de l’URSS et du stalinisme, et qu’ensuite, elle n’a pas su non plus gagner de l’influence après le début de la crise mondialisée. La situation de l’extrême gauche en France n’est malheureusement pas originale. Ou plutôt si, puisque ce pays est un de ceux où elle a connu la plus forte progression, sur le terrain électoral, plus de 10% des voix, mais pas seulement aussi sur le terrain des luttes, sans réussir à capitaliser, organiser, regrouper autour d’elle.

Depuis 2002, le 21 avril, l’avertissement donné par la présence de Le Pen au deuxième tour de la présidentielle, le mouvement anticapitaliste n’a pas réussi à se faire le porte-parole du mécontentement suscité par l’aggravation de la crise. C’est un des facteurs qui a laissé le champ libre à l’extrême-droite. Était-ce inévitable ? Non sauf de justifier notre échec par le niveau de conscience des masses.

Même s’il ne s’agit ni de refaire l’histoire ni de désigner des coupables, il ne serait pas acceptable de se cacher nos responsabilités en invoquant les conditions objectives. Et la question est d’autant plus importante que le problème n’a pas reçu le début d’une réponse.

Il s’agit de discuter des moyens de surmonter ce qui est plus qu’un retard, une occasion manquée. La fuite en avant dans un antifascisme hors des réalités sociales et politiques ne serait qu’un expédient pour nous masquer l’ampleur des problèmes, nous dérober à nos responsabilités.

Comprendre afin de formuler collectivement des réponses

La fondation du NPA prétendait ébaucher une réponse à cette situation d’échec. Nous n’en avons pas été capables, nous divisant à travers une scission sans parvenir, depuis, à créer un climat de confiance et une nouvelle dynamique autour d’un projet commun.

Cette situation est une importante donnée du problème sauf de croire aux vertus de l’incantation, de l’exaltation ou de la méthode Coué.

Comment pourrions-nous formuler une réponse crédible aux problèmes globaux de la société si nous ne sommes pas capables, intellectuellement, de formuler des réponses efficaces à nos propres problèmes ?!

Prendre la mesure des dangers de la situation créée par la crise chronique mondialisée du capitalisme, ne pas les sous-estimer implique d’aborder la discussion dans sa globalité sans raccourci ni tour de passe-passe, sans bluff. La fuite en avant conduit droit dans le mur.

Je suis pour ma part convaincu qu’une des raisons essentielles des difficultés du mouvement révolutionnaire renvoie à sa difficulté à liquider la période antérieure et les habitudes qui s’y sont formées, les réflexes d’éternels opposants et, son corollaire, les divisions en groupes rivaux qui, chacun, détiennent la clé, la réponse. Cette difficulté est elle-même liée à la conséquence de cette situation, notre difficulté à penser la nouvelle période et une stratégie répondant aux nouveaux besoins et possibilités pour rassembler, unifier les forces à travers une intervention réelle dans les luttes du monde du travail.

Ce travail collectif n’est pas réellement et consciemment engagé en tant que tel ou du moins à peine ébauché.

Il ne manque pas de camarades pour reprocher aux autres de ne pas réussir, mais personne n’est capable de faire la moindre démonstration pratique, de convaincre dans les faits.

Cela est bien normal car nous ne pourrons relever ce défi que collectivement en rassemblant toutes nos forces intellectuelles et militantes. A défaut d’y parvenir, un activisme souvent plus verbal que pratique, tentera de masquer notre faiblesse politique.

La discussion sur nos réponses face à la montée de l’extrême-droite n’a de sens qu’intégrée dans cette discussion plus générale sur nos capacités à développer notre influence politique, à construire l’ébauche d’un parti ouvrier et populaire. La lutte contre l’extrême-droite est indissociable d’une politique globale contre l’offensive des classes dominantes et de leur État. Elle revêt des aspects spécifiques mais elle s’inscrit dans une stratégie d’ensemble.

Cela signifie une discussion sérieuse sur la période, les rapports de force, les évolutions possibles et notre stratégie pour qu’émerge enfin l’ébauche d’un parti, ce dont nous sommes loin.

Évacuons nos propres fantômes...

Cette discussion suppose un a priori : l’histoire n’est pas un éternel recommencement ou une infinie continuité !

Est-il nécessaire de développer ici toutes les traits qui différencient la période dans laquelle nous entrons de celle dans laquelle le capitalisme avait piégé les forces sociales et politiques, le mouvement ouvrier dans les années 30 ? La connaissance de l’histoire, les expériences qu’elle transmet nous sont indispensables mais elles ne peuvent nous être utiles qu’à la condition que nous soyons convaincus que celle-ci ni ne se répète ni ne bégaie.

Il n’y a pas de menace fasciste immédiate aujourd’hui, il n’y a aucune force politique qui prétend supprimer la démocratie bourgeoise parlementaire, briser les syndicats ouvriers en instaurant des milices. Cela ne veut pas dire que les forces réactionnaires ne représentent pas une menace mais faut-il encore comprendre celle-ci. Il s’agit d’analyser concrètement ces menaces que ce soit ici la droite et l’extrême-droite ou dans le monde arabe les intégrismes religieux. Il s’agit d’analyser concrètement ce qui nourrit ces menaces, comprendre l’évolution de la société.

Quelle forme prendrait aujourd’hui un mouvement de masse, réplique actuelle de ce qu’a pu être le fascisme ou plus précisément les différents mouvements de masse réactionnaires instrumentalisés par les classes dominantes pour tenter aveuglément de régler leurs rivalités sur les champs de bataille de la deuxième guerre mondiale ? Cette question est comme bien d’autres et heureusement totalement ouverte. Elle n’a pas de contenu concret et pratique aujourd’hui. Répéter des formules toutes faites sur le fascisme sème la confusion, empêche la réflexion et l’élaboration d’une politique répondant aux besoins du moment alors que les esprits ont une grande difficulté à se dégager du passé.

Une nouvelle période ouverte, riche de possibilités

Quand on regarde en arrière, quand les regards croient voir les fantômes du passé là où apparaissent et se forment de nouveaux visages, de nouvelles forces, l’esprit, les capacités d’action sont paralysés. Aujourd’hui se forment de nouvelles forces qui ne sont pas génétiquement prédéterminées, dont la nature se construit à travers les luttes de classes réelles à travers une écologie économique, sociale et politique profondément bouleversée par la mondialisation, le développement des techniques. Et il serait erroné de penser que les logiques qui ont abouti à la victoire du fascisme et de ses alliés dans les années 30 sont aujourd’hui engagées.

La crise politique que nous connaissons résulte, pour une large part, de ce que toutes les forces issues de l’histoire du mouvement ouvrier sont prisonnières de leur passé, intégrées au vieux monde bourgeois qui explose sous les effets de la mondialisation. Leur faillite, leur épuisement laissent la place aux forces réactionnaires qui défendent derrière le drapeau du nationalisme, du chauvinisme avec son cortège de préjugés racistes et xénophobes des intérêts sociaux réactionnaires y compris du point de vue du développement capitaliste.

Cette analyse fonde notre stratégie comme nous l’écrivions dans nos textes de congrès, œuvrer à la renaissance du mouvement ouvrier, démocratique et révolutionnaire.

C’est sur ce travail que doivent se concentrer nos forces et c’est bien de ce point de vue que nous devons prendre la mesure du retard que nous avons accumulé dans la lutte contre la montée des idées réactionnaires et de l’extrême-droite.

Cette situation est inquiétante, elle inquiète à juste titre bien des camarades, car le printemps pourri que nous avons connu révèle que la capacité d’initiative des forces réactionnaires sont bien supérieures à celle du mouvement ouvrier. Mais il n’y a rien d’irréversible dans cette situation, bien au contraire le développement de la contestation sociale et politique, des révoltes à l’échelle internationale depuis le début des révolutions dans le monde arabe semble indiquer qu’un renouveau du mouvement démocratique et révolutionnaire est en route. Ce renouveau ne sera pas un long fleuve tranquille, loin s’en faut, mais c’est lui qui représente la réponse tant à la crise économique qu’à la crise politique que cette dernière engendre. Notre stratégie, notre politique sont portées par ce renouveau.
Dans ce contexte, l’essentiel n’est-il pas pour nous, plutôt que de jouer les éternels Cassandre en invoquant les fantômes du passé, de porter des perspectives d’avenir pour travailler à surmonter la crise historique du mouvement ouvrier ?

Dire cela ne minimise en rien les dangers mais essaie de tracer des perspectives pour les conjurer.

Prendre la mal à la racine

Pour reprendre les propos de Corcuff, être radical est à strictement parler prendre le mal à la racine, ou aux racines en travaillant à en comprendre les contradictions, là où porte l’action, la lutte. Travailler à définir une réponse, tracer une perspective, c’est d’abord définir les causes et les mécanismes à l’œuvre qui permettent à l’extrême-droite de se renforcer et plus généralement qui pourrait conduire la bourgeoisie, plus précisément l’oligarchie financière, à faire le choix de remettre en cause les institutions et les droits démocratiques.

Au centre de ces mécanismes il y a la crise, l’instabilité politique chronique provoquée par l’exacerbation de la contradiction entre la politique mise en œuvre par les différents gouvernements au service de l’oligarchie financière alors qu’ils sont censés servir l’intérêt général. L’approfondissement de la crise engendrée par les politiques d’austérité ne cesse de creuser le fossé entre la population et les partis de gouvernement.

La crise politique est la conséquence d’un mensonge d’Etat que partagent droite et gauche, prétendre que les politiques d’austérité sont incontournables, la seule voie pour sortir de la crise. Cette contradiction est exacerbée par la régression sociale qu’accompagne l’étalage de richesses par les classes dominantes et la corruption d’une large fraction de leurs serviteurs politiques.

À défaut d’être en mesure de moraliser la vie politique, le pouvoir tentera de faire taire le mécontentement et les voix qui l’expriment. À défaut de réussir à acheter la paix sociale, il tentera de l’imposer en exerçant des pressions de plus en plus fortes sur les organisations et les milieux militants, l’ensemble des travailleurs et la jeunesse quitte à se passer du relais des directions des grandes confédérations syndicales pour imposer sa politique aux travailleurs.

On ne peut commencer à traiter le mal que si l’on s’en prend à ses causes, la crise globale du capitalisme et la faillite politique des classes dominantes et des partis qui les servent, de leurs institutions.

Une politique qui nourrit la montée du populisme de droite et d’extrême droite

Les politiques dites antifascistes invoquent en général l’idée que le FN ne serait pas un parti comme les autres. Si l’on comprend bien il y aurait les autres partis, républicains, face au FN et les antifascistes seraient le chevalier blanc de la défense de la démocratie. Cette idée est erronée. Non que le FN soit un parti comme les autres, mais cela est vrai de l’UMP, du PS, de tout parti !

Il est aussi faux de tirer un trait d’égalité entre tous les partis institutionnels que de tirer une ligne de démarcation entre les partis dits républicains et le FN. De tels raisonnements conduisent au vote Chirac de 2002, au front républicain. Et ils sont bien incapables de convaincre largement tant la corruption, les abus de pouvoir, les liens avec les milieux d’affaires et les riches sont du côté de l’UMP et du PS. Et cela d’autant que le FN se revendique de la démocratie. Mensonge, certes, mais les imprécations ne sont pas une réponse.

Par contre, oui, le FN est un parti pire que les autres mais qui se nourrit des politiques des autres. Il a commencé à prospérer grâce aux manœuvres de la gauche mitterrandienne, à sa politique au service de la mondialisation financière contre les travailleurs et les classes populaires. Il connaît un nouvel essor grâce à la démagogie de Sarkozy qui l’a renforcé en prétendant le combattre en reprenant ses propres idées réactionnaires. Maintenant, il se nourrit du mécontentement engendré par la politique de la gauche libérale entièrement soumise au Medef et à l’Europe de la Troïka.

Quel est le projet politique du FN ?

On ne peut discuter sérieusement de la politique du FN en invoquant une « nature fasciste » de ce parti comme s’il y avait un prédéterminisme génétique en politique qui, quoi qu’il fasse en ferait un parti fasciste ! Aujourd’hui, le projet politique du FN n’est pas celui d’un parti fasciste tel que l’histoire a concrètement défini ce mot. Cela ne veut pas dire qu’il soit plus ou moins dangereux, il n’existe pas en la matière d’échelle de Richter !

Ce serait d’ailleurs une ânerie d’invoquer un programme fasciste. Les fascistes sont des démagogues prêts à tout pour accéder au pouvoir afin d’y servir les intérêts des classes dominantes tout en assouvissant leur haine de la démocratie, de toute idéologie égalitaire, haine proportionnelle aux frustrations sociales de déclassées.

Le projet politique du FN est aujourd’hui d’accéder au pouvoir en utilisant pour cela la faillite de l ’Europe capitaliste et des partis qui l’ont mise en place.

Il se nourrit à la fois des échecs de l’UMP et du PS et de leur politique.
Sur cette route pour le pouvoir, il se heurte à diverses difficultés. La première est que la bourgeoisie est aujourd’hui favorable à l’Europe et qu’il lui est difficile d’envisager une autre politique. Sur ce terrain, le FN mise sur l’effondrement de l’Europe. Sa politique n’est pas en réalité de rompre avec l’Europe mais d’accéder au pouvoir au profit de son effondrement s’il avait lieu.

Un FN capable d’accéder aux affaires n’aurait plus rien à voir avec le parti de Le Pen qui est né de la guerre d’Algérie en ralliant à lui le ramassis des nostalgiques des colonies pour connaître un nouvel essor à cause de la politique de la gauche et grâce à Mitterrand qui a voulu l’instrumentaliser contre la droite jusqu’au psychodrame du 21 avril 2002.
Aujourd’hui le problème se pose en des termes nouveaux auxquels la politique de Marine Le Pen prétend répondre. Elle définit une politique qui vise à faire du FN l’axe politique d’un nouveau parti populiste, de droite extrême ou d’extrême droite. Elle est en rivalité avec une partie de l’UMP, celle dont Copé a voulu prendre la tête et que Sarkozy semble vouloir coiffer avec le soutien de la Droite forte, courant au sein de l’UMP qui affiche ses connivences avec le FN. Copé ou Sarkozy sont tout aussi dangereux que Marine Le Pen. La stratégie engagée par cette dernière n’aurait pas été possible sans la politique de Sarkozy qui a largement contribué à la convergence des électorats. Et en matière de manœuvres et de démagogie Sarkozy n’a guère de leçon à recevoir de Marine le Pen. Dans sa volonté de s’imposer pour prendre sa revanche il ne pourra réussir que s’il parvient à intégrer l’électorat du FN dans sa propre politique. Rien ne dit qu’il y parviendra, les prochaines municipales seront le terrain de cette bataille dont le FN pourrait sortir gagnant.

La constitution d’un parti de droite extrême ou d’extrême droite populiste, à partir du FN et d’une fraction de la droite traditionnelle, est un réel danger. De telles alliances entre une partie de la droite et l’extrême droite pourraient d’ailleurs très bien voir le jour dès les prochaines élections et réussir à exprimer la montée d’un mécontentement qui cherche dans le repli national une illusoire protection contre les ravages de la mondialisation. Il y a là une réelle menace pour le mouvement ouvrier mais face à cela, les discours de morale républicaine, l’imprécation sont bien impuissants.

Lutte contre le racisme et la xénophobie, un combat démocratique

En corollaire avec sa politique nationaliste et chauvine antieuropéenne, le FN développe une propagande xénophobe et raciste qui, comme toute sa politique, prend appui sur les contradictions des partis institutionnels. L’emprise croissante de cette propagande est la conséquence d’une démoralisation au sein des classes populaires qui ne voient pas d’issue globale à une régression sociale, qui subissent et deviennent ainsi réceptives à la politique du bouc émissaire, à la stigmatisation des minorités désignées à leur vindicte.

L’offensive de la classe dominante, de l’appareil d’état et du gouvernement passe aussi par des attaques réactionnaires pour diviser notre camp social et imposer une vision du monde où la soumission est la règle. Le FN se nourrit de la démagogie des partis de la droite et de la gauche libérale pour mettre de l’huile sur le feu.

Nous sommes bien évidemment solidaires de toutes les réactions de défense contre ces attaques en nous situant d’un point de vue démocratique. Cela veut dire que si nous sommes contre tous les propos et les actes racistes ou xénophobes contre les musulmans ou qui prennent prétexte de la religion cela n’implique pour nous aucune capitulation devant les intégrismes, la lutte contre le voile, la lutte contre la religion comme instrument de domination et de soumission. Nous combattons le racisme et la xénophobie en particulier quand ils prennent le masque de la lutte contre l’intégrisme religieux mais sans pour autant faire la moindre concession à ces courants politiques.

Y compris dans ce domaine notre politique garde son indépendance de classe, elle est démocratique et révolutionnaire au sens où elle vise à la mobilisation et à l’organisation des premiers intéressés pour la défense de leurs propres droits démocratiques. Le substitutionnisme est là aussi un masque d’impuissance. La lutte contre le racisme passe par la mobilisation de ses victimes mêmes, sur des bases démocratiques, elle est indissociable de la lutte pour l’égalité entre les sexes comme de notre combat internationaliste.

Notre combat contre l’extrême-droite, les groupes fascisants ou la lutte contre le racisme et la xénophobie participent des luttes de classes réelles et du combat démocratique, il ne saurait s’en détourner.

Pas de lutte contre l’extrême-droite sans une perspective pour conquérir la démocratie, le pouvoir

La lutte contre les menaces de l’extrême droite implique que nous soyons capables nous-mêmes de rendre crédibles nos propres réponses à la crise, l’idée qu’il y a une autre issue, une autre possibilité. C’est bien là le fond de la question. Là encore, la dénonciation ne suffit pas ou dit différemment, il n’y a pas de dénonciation efficace sans la construction d’un autre projet, la capacité de convaincre, d’entraîner, d’organiser une fraction même très minoritaire de la classe ouvrière et de la jeunesse autour de la perspective politique d’une opposition de gauche, ouvrière et populaire, préparant l’affrontement avec le gouvernement et le patronat dans l’objectif de changer le rapport de force et de mettre en place un gouvernement contre l’austérité, pour l’annulation de la dette, le partage du travail dans la perspective d’une Europe des travailleurs et des peuples.

il n’y a qu’une seule méthode pour sortir de la crise sociale et politique, celui de l’intervention directe des travailleurs sur le terrain social et politique contre les politiques d’austérité et pour conquérir la démocratie, mettre en place un gouvernement qui révolutionne cette société pour en finir avec le pouvoir de l’argent.

Cette révolution démocratique a besoin de l’implication de centaines de milliers d’indignéEs pour débattre ensemble de ce que serait cette nouvelle république sociale autogestionnaire, une démocratie qui ne s’arrête pas à la porte des entreprises, une démocratie qui permette aux populations de décider et de contrôler.

Cette démocratie comme les mesures d’urgence nécessaires ne saurait s’arrêter aux frontières de l’hexagone, elle ne peut se compromettre avec le nationalisme ni se plier au carcan des frontières.

L’ampleur des mobilisations en Grèce, en Turquie après les révolutions dans le monde arabe indiquent le chemin.

Front unique, un mythe ou une politique pour construire une opposition de gauche ?

Dans la lutte contre l’extrême droite nous avons comme dans l’ensemble de notre activité une démarche de front unique mais là encore cela ne veut pas dire que nous faisons des copié/collé des années 30. Concrètement nous cherchons à unir les forces, à agir dans les cadres unitaires mais sans jamais subordonner notre politique à ces cadres. Et c’est bien le problème des cadres unitaires contre l’extrême-droite. Les proclamations d’antifascisme qui se veulent radicales peuvent au final justifier ou préparer des ralliements aux PS sous couvert de Front contre l’extrême droite.

Nous lions constamment et partout la lutte contre l’extrême droite à la lutte contre les politiques d’austérité, contre les politiques chauvines et souverainistes d’où qu’elles viennent. Les cadres unitaires sont l’occasion d’exercer notre pression politique. Nous ne les considérons pas comme une coalition d’organisations mais comme un moyen d’œuvrer à l’unité des travailleurs. Notre politique s’adresse à eux.

La bataille contre l’extrême droite s’inscrit, comme le soulignait le texte d’orientation du congrès, dans le cadre plus général de la construction d’une opposition de gauche au gouvernement.

Quelle attitude vis à vis des groupuscules nazillons, la question de l’autodéfense

La mobilisation des forces réactionnaires au printemps a été l’occasion pour les diverses officines et groupuscules néofascistes de se mettre en avant pour se livrer à leurs exactions. L’assassinat de Clément Méric a été un moment dramatique de cette sinistre parade. Les frontières entre ces groupes et l’extrême droite voire la droite sont bien fragiles quoi que s’en défende Marine Le Pen.

L’agitation groupusculaire et marginale de ces groupes ne doit pas capter notre attention même s’il ne faut rien négliger. Il serait ridicule de se lancer dans une guéguerre avec ces groupes, autre chose est de nous faire respecter et craindre. C’est même à l’opposé.

De façon plus générale, la guéguerre pour s’opposer aux apparitions de l’extrême droite n’est pas notre politique. Celle-ci vise à organiser les travailleurs, la jeunesse sur leur propre terrain. Cette préoccupation guide nos choix et décisions, formuler une politique pour le monde du travail.
Il y a bien sûr une question de rapport de force, ne pas en tenir compte serait de la folie, mais il y a surtout une question d’objectif, la bataille est vaine sans l’intervention directe des travailleurs, de la jeunesse.

Nous ne nous positionnons pas dans un combat singulier contre l’extrême droite. La question de l’autodéfense n’est pas un problème technique mais bien un problème politique qui doit être abordé du point de vue politique tant dans les cadres unitaires que vis-à-vis des travailleurs et de la jeunesse.

Il n’y a pas de substitut à l’action collective

La montée des idées réactionnaires sous les effets combinés de la politique de la gauche libérale et de la crise endémique du capitalisme mondialisée est un phénomène profond qu’il serait ridicule de prétendre combattre dans une guéguerre frontale contre le FN ou les groupuscules fascisants. Ce n’est pas seulement une question de rapport de force mais de compréhension des mécanismes sociaux et politiques qui en sont la cause comme des voies et des moyens d’inverser la tendance, c’est à dire de mener la lutte pour le socialisme.

Cette lutte ne peut être que collective liée à l’action des masses, à leur activité politique, il n’y a pas de raccourci.

Le faux radicalisme de l’activisme antifascisme repose en fait sur un manque de confiance dans les capacités des travailleurs, des classes populaires de retrouver le chemin de l’action collective, de la lutte politique. Il correspond à une démarche gauchiste qui prétend agir en lieu et place des travailleurs, des rapports de force, des niveaux de consciences et se détournent des tâches d’organisation du monde du travail, de la jeunesse dans une fuite en avant illusoire.

Bien au contraire la refondation du NPA exige un travail de longue haleine tant théorique, politique que militant pour nous donner les moyens d’intervenir réellement dans la lutte de classe.

Place et rôle de notre parti, formuler une politique pour les travailleurs et la jeunesse

La dégradation du rapport de force souligne l’importance du projet du NPA, rassembler les forces anticapitalistes et, pour cela, créer les conditions politiques d’un tel rassemblement.

Nous avons à nous réapproprier pleinement notre projet et travailler à nous donner les moyens de le mettre en œuvre en affirmant notre personnalité politique. Le pire serait de brandir le drapeau de l’antifascisme tout en nous dissolvant dans les cadres unitaires comme nous l’avons pour une part fait dans le cadre de la préparation de la manifestation de Marseille.

Une telle politique se pliera au rapport de force réellement existant pour s’intégrer, malgré nous, dans les calculs politiques de la gauche antilibérale ou libérale comme par le passé avec le vote Chirac. Le faux radicalisme qui n’agit pas en fonction de la classe ouvrière, de son niveau de conscience, de ses capacités bascule facilement dans l’opportunisme. L’un et l’autre sont deux formes de recherche de raccourci, de substitut à l’action collective, démocratique de la classe ouvrière.

En cette rentrée, bien plus que la manifestation de Marseille, la réponse aux menaces de l’extrême-droite est dans la capacité du monde du travail à répondre aux attaques du gouvernement et du patronat, à s’emparer de la journée du 10 septembre, à y donner une suite.

Nous ne sommes pas en mesure de porter une alternative à la politique des directions syndicales, répondra-t-on, peut-être mais c’est bien là le problème et notre tâche collective prioritaire vise à apporter des réponses à notre difficulté à intervenir dans la lutte des classes réelle.

Non seulement cette intervention n’exclut pas la lutte contre l’extrême-droite mais elle en est la condition même.

Cette lutte est une lutte politique qui cherche à mobiliser ceux qui en sont les cibles pour les aider, les encourager à se défendre eux-mêmes pour faire valoir leur droits démocratiques, les faire respecter. Elle est une lutte politique pour rendre crédible une autre perspective en particulier face à la crise de l’Europe face à toutes les variantes de souverainisme dont au final le FN récolte les fruits empoissonnés.

Cela veut dire être capable de nous mobiliser collectivement pour mener à bien la campagne financière que nous avons décidée à une très large majorité lors du dernier CPN pour convaincre de l’utilité du NPA, appeler non seulement à nous aider, mais à nous rejoindre. Cela veut dire nous donner les moyens d’être présents dans la campagne des municipales et des européennes, les deux sont indissociables, pour nous adresser aux plus larges masses afin de rendre crédibles nos idées, de convaincre, de donner envie aux travailleurs, aux jeunes de rejoindre notre combat. Cela veut dire porter publiquement un projet internationaliste au niveau européen.

Ne pas être capable de mobiliser toutes nos forces pour réussir hypothéquerait sérieusement nos possibilités de contribuer à changer les rapports de forces et ferait de nos prétentions à combattre l’extrême-droite de simples velléités.

Yvan Lemaitre, le 31/08/13