En débat

Le FN aux portes du pouvoir ?

le 12 octobre 2014, par MK

C’est sûr, à force de déclarations et de preuves d’amour à l’adresse du patronat, la gauche « peut mourir » et la question de l’accession au pouvoir du FN peut se poser.

Le FN est-il prêt à gouverner ?

Les ambitions du FN à exercer le pouvoir et non plus se contenter d’exprimer une protestation sont incontestables. Plusieurs éléments en témoignent :

  • Au cours des dernières campagnes électorales, les discours « rassurants », adressés à ceux qui hésitent à franchir le pas du vote FN, sur sa capacité à gérer, à gouverner, à gagner ont été un des thèmes majeurs du discours du FN.
  • Le FN s’est adressé spécifiquement aux cadres de la fonction publique (d’Etat ou territoriale) pour les inciter à rejoindre ses équipes municipales dans les villes où il obtiendrait la majorité.
  • Le FN a engagé un important travail de formation.
  • Tout son état-major (BP, CC) est très majoritairement (pour ne pas dire exclusivement) composé d’avocats, de juristes, de chefs d’entreprises, de hauts fonctionnaires, de conseillers régionaux, d’élus municipaux ou de militaires et policiers (en exercice ou non).

Penser que l’arrivée du FN au pouvoir se traduirait uniquement par un chaos administratif, gestionnaire etc. parce qu’il n’aurait pas dans ses rangs les compétences et les expertises nécessaires, serait une lourde erreur, pour plusieurs raisons.

  • La première raison réside dans le fait, que l’avènement du FN où d’un de ses éventuels dérivés, s’accompagnerait inévitablement de revirements ou de ralliements opportunistes au sein des « élites » administratives et des experts( ?) de tout poil (le vote de près de 4000 grands électeurs aux dernières élections sénatoriales en une illustration).
  • La seconde raison, c’est qu’en matière d’incurie et de chaos, le FN n’a pas forcément beaucoup de leçons à recevoir de la part des forces de la droite classique (UMP, centristes divers) ou de la gauche traditionnelle (PS, mais aussi PC ou FdG). Ceci tant au plan local, qu’au plan national.

La question n’est donc pas de savoir si le FN a les compétences pour gouverner. Si on le laisse faire, Il trouvera ce qu’il faut et fera avec ce qu’il trouve. Et, de toute façon, dans ce genre de scénario, ce qui primera ne sera pas l’aspect gestionnaire et administratif mais le rapport de force coercitif.

Et si gouverner était une question de compétence et d’expertise d’un petit nombre, ça se saurait. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à des cabinets ministériels, régionaux, municipaux, des entreprises (banques, grands groupes industriels), des institutions internationales (UE, ONU, etc.) où les « experts » sont loin d’être la première espèce menacée.

Au contraire, on assiste avec effroi aux conséquences de la politique de ces experts (où la frontière entre droite et gauche est de plus en plus ténue), que ce soit dans les domaines environnementaux, économiques, sociaux, sanitaires, démocratiques, avec pour toile de fond des guerres qui n’en finissent pas.

La situation est-elle mûre pour un gouvernement FN ?

Reste la question de la plausibilité, à court ou moyen terme, d’un exercice du pouvoir par le FN, par exemple suite à une crise institutionnelle ou à une victoire électorale.

Avant de dire jamais, nous sommes contraints à la prudence : Qui aurait vraiment parié sur la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002 ? Qui seulement quelques années plus tôt aurait pu envisager que le FN soit en tête aux dernières élections européennes ? Qui aurait cru que Marine Le Pen puisse être en mesure de devancer tous ses adversaires à la prochaine élection présidentielle ?

Reste que, pour l’heure, et a priori paradoxalement, ce ne sont pas la classe ouvrière ou les couches populaires qui verraient d’un bon œil l’arrivée du FN au gouvernement.

Par contre, il est sûr, que, dans l’état actuel des choses, cette perspective n’enchante pas la grande majorité des cercles patronaux. Ce serait un mauvais contexte pour les affaires, car de nature à susciter une défiance accrue des investisseurs ou partenaires étrangers et des inquiétudes majeures au plan monétaire.

  • 1. Pour la bourgeoisie, l’arrivée du FN au gouvernement (En tout cas comme force hégémonique ou prépondérante) n’est pas un souhait ou une nécessité, dans un contexte où la classe ouvrière peine à réagir et à lutter efficacement face à un patronat qui, avec succès, pousse chaque jour un peu plus ses pions (cf. récente feuille de route du MEDEF publiée dans « Les Echos » peu de temps après le discours de Valls déclarant sa flamme aux entreprises).
  • 2. Avant de se résoudre à accepter un gouvernement FN, il existe encore des possibilités pour la bourgeoisie, même dans le contexte d’une crise institutionnelle.

Parmi celles-ci, la principale serait une solution d’Union nationale, comme cela se pratique d’ailleurs déjà dans d’autres pays d’Europe, dans des contextes de montée de partis d’extrême-droite ou dits populistes.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que lors de sa dernière conférence de presse, François Hollande a évoqué cette possibilité, pour l’écarter aussitôt, presque à regret, parce que ne correspondant pas à la tradition française. Mais les traditions ça peut évoluer…

D’ailleurs, si on regarde derrière la façade, on voit qu’il se passe bien des choses allant dans ce sens.

Observer passivement ou agir ?

Ce qui vient d’être dit ne doit pas être utilisé comme argument pour justifier une quelconque attitude d’observation passive à l’égard de la montée du FN.

Les discussions sur sa capacité à gouverner ou sur ses possibilités ou impossibilités de mutation en un parti comme les autres, sont certes importantes, mais peuvent aussi devenir oiseuses et stériles. On sait que le FN recèle en son sein où dans ses marges tout le potentiel humain, logiciel, matériel pouvant servir à la formation d’un parti ouvertement fasciste. La situation en Grèce ou en Hongrie, montre à quel point les évolutions peuvent être rapides en cas de crise.

Il serait stupide de contempler une menaçante accumulation de munitions dans ce camp ennemi ou d’attendre de voir pour trancher ce débat en ces termes : « Ah merde ! Trop tard ! Finalement, c’est bien un parti fasciste… ».

Gouverner c’est prévoir. Empêcher le FN d’y arriver encore plus. C’est maintenant que ça se joue !