En débat

Le "livre du mardi" : Aube dorée. Livre noir du parti nazi grec, Dimitris Psarras

le 13 septembre 2016, par Guy Franceschini

Tous les mardis, la CNAF publie la critique d’un ouvrage en lien avec le combat antifasciste.

Traduit du grec par Panos Angelopoulos, M. Éditeur et éditions Syllepse, 2014, 15 euros
Plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Athènes le 18 septembre 2014 pour honorer la mémoire de Pavlos Fyssas, rappeur et militant antifasciste assassiné un an plus tôt par un nervi d’Aube dorée. C’est à ce parti fasciste grec que Dimitris Psarras, journaliste spécialisé dans l’étude de l’extrême droite, consacre son dernier ouvrage.


Créée en 1980 par Nikolaos Michaloliakos dans le sillon de la dictature des colonels (1967-1973), longtemps groupusculaire (0,11 % des voix aux européennes de 1994), Aube dorée a connu une envolée aux législatives de 2012, obtenant 6,92 % des voix et 18 députés pour atteindre 9,32 % (3 eurodéputés) aux européennes de juin 2014.
Son succès électoral est « l’expression d’un désespoir profond » d’une partie de la population, résultat d’une austérité sauvage dictée par la troïka ainsi que du rejet massif de la classe politique. La complaisance des médias et d’une partie de l’Église orthodoxe sont d’autres éléments d’explication. Enfin les partis au pouvoir, la droite de la Nouvelle démocratie et les socialistes du Pasok, ont utilisé Aube dorée comme contre-feu à la montée de la gauche radicale. En 2011, ces partis n’ont pas hésité à intégrer le Laos (autre parti d’extrême droite) dans leur précédent gouvernement, légitimant ainsi la participation au pouvoir de fascistes. De même qu’ils ont mis en œuvre une politique de lutte contre l’immigration et les immigrés.


Xénophobie, antisémitisme, ultranationalisme...
Mais c’est surtout à la violence de ses « militants de la race blanche et de la Grande Grèce » que l’on doit associer le nom d’Aube dorée. Violence dont les immigrés, les « pédés » et les « bolchos », sont par dizaines les premières victimes et dont les auteurs demeurent impunis quant ils ne sont pas protégés par la police, parmi laquelle ils jouissent d’une forte sympathie.
Aube dorée se revendique ouvertement du nazisme : xénophobie, antisémitisme, ultranationalisme, symboles et slogans... Une seule illustration : le groupe « Pogrom », dont le bassiste Artemis Mathaiopoulos est dirigeant et député d’Aube dorée, éructe « J’encule Anne Franck (…) Oh que j’adore Auschwitz ! (…) Je mettrai du Zyklon B dans vos synagogues ».
Puisque l’auteur nous y invite, face à cette résistible ascension d’Aube dorée, nous répondons sans hésiter, avec lui, que « la Grèce parviendra à jouer un nouveau rôle : non pas en tant que laboratoire des politiques d’austérité, mais en tant que laboratoire d’éradication de la peste brune ».

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