En débat

Michel Collon, un militant de la confusion !

le 23 décembre 2014, par Ornella Guyet

Nous avons reçu cette contribution d’Ornella Guyet, animatrice du site Confusionnisme.info, relative à Michel Collon et à son site internet Investig’Action. Nous la publions bien volontiers.

Le 4 avril 2014, au lendemain d’une réunion Vlaams Belang/FN à Bruxelles, le site Investig’Action de Michel Collon, qui se dit homme de gauche, a trouvé une manière assez originale de traiter de cette actualité en publiant un article dénonçant non pas les fascistes... mais les antifascistes qui mettent en cause certaines collusions entre franges de l’extrême gauche et de l’extrême droite, notamment sur le site Indymedia Paris [1]. Et pour cause : Michel Collon se trouve lui-même au cœur de ces collusions.

Michel Collon, qui a commencé sa carrière de journaliste à l’hebdomadaire Solidaire du Parti du Travail de Belgique (PTB) dont il reste un compagnon de route [2], anime depuis plusieurs années, avec un collectif éponyme, le site internet Investig’Action [3]. Ce site prétend « décoder l’information » et dénoncer les « médiamensonges », à savoir les « mensonges » qui sont diffusés selon Collon et son équipe par la presse dominante. Il s’agit désormais d’un média de masse de la complosphère, puisqu’il prétend diffuser sa newsletter à 100 000 exemplaires et est largement relayé sur les réseaux sociaux. Michel Collon est également fier d’être un invité régulier de l’émission « Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddeï qui a largement contribué à le faire connaître dans l’espace francophone [4]. Il affirme enfin être membre du conseil consultatif de Telesur, chaîne latino-américaine fondée sous l’impulsion de Chavez pour faire contrepoids aux médias nord-américains [5].

Le site Investig’Action : une imposture journalistique

Il est à souligner d’emblée qu’alors que les comptes de l’association Investig’Action sont inconnus de ses lecteurs, Michel Collon ne rate pas une occasion d’appeler ces derniers à acheter ses livres et à lui faire des dons, que ce soit au gré d’appels sur Internet, lors de réunions publiques ou tout dernièrement suite au piratage de son site par le hacker franco-israélien Grégory Chelli dit Ulcan [6]. Cette obsession mercantile frise parfois le ridicule, lorsque le 9 novembre 2011, exclu de la Bourse du Travail de Paris en raison de ses orientations politiques, il vendait ses livres à quelques fans sur le trottoir en dénonçant le fait que ce déplacement lui coûtait de l’argent [7].

Or, on peut se demander à quoi Michel Collon consacre tout cet argent : ce n’est certes pas l’achat du nom de domaine ni la location du serveur de son site (d’ordinaire quelques dizaines d’euros par an tout au plus, autour de 400 ou 500 au pire) ni même son développement graphique (le site a le même aspect depuis des années) qui lui coûtent cher, et on peut même se demander s’il a un webmaster puisqu’il affirme avoir mis deux mois à remettre sa boutique en ligne après le piratage d’Ulcan. Il y a bien l’édition des livres, mais ceux-ci ont malheureusement l’air de se vendre correctement.

Seul poste coûteux : il affirme salarier deux journalistes et vouloir en embaucher un troisième pour l’aider. Pourtant, on se demande bien à quoi il les emploie puisque si on regarde le contenu de son site, on ne peut que constater qu’il y a très peu de travail journalistique à proprement parler : on trouve des copiés-collés d’autres sites, quasiment aucun travail de reportage ou d’enquête de terrain, beaucoup de contributions extérieures et seulement quelques textes originaux émanant de lui ou de ses proches. Même les traductions sont en général reprises d’autres sites, sans d’ailleurs toujours en citer la source. Enfin, le contenu du site est écrit [8] et Investig’Action ne produit pas de travail photographique, sonore ou vidéo original susceptible de nécessiter l’achat et l’entretien d’un matériel coûteux [9].

L’anti-impérialisme borgne de Michel Collon [10]

Néanmoins, les principaux reproches qu’on peut faire à Michel Collon et à son équipe ne sont pas d’ordre financier mais politique. Sous prétexte d’anti-impérialisme, Investig’Action diffuse en fait largement ses propres « médiamensonges », notamment sur la politique internationale, en publiant des informations sans nuances et émanant de sources douteuses à chaque nouvelle crise diplomatique, invitant chacun à choisir son camp dans des contextes où pourtant la complexité des situations devraient au moins inviter à la prudence. Défendant une position campiste, le collectif animé par Michel Collon considère ainsi, au mépris de toute logique, que refuser de choisir son camp entre un État occidental fauteur de guerre et le régime dictatorial qu’il attaque - au motif que dans les deux cas, ce sont les populations qui trinquent - revient in fine à soutenir le camp impérialiste occidental.

Michel Collon assume totalement cette position partisane puisqu’il écrit : « En 2001, nous dénoncions l’effet néfaste des slogans "Ni Bush, ni Saddam", "Ni l’Otan, ni Milosevic", « Ni Sharon, ni Arafat". […] Le "Ni, ni", c’est le cancer du mouvement anti-guerre. Il faut y mettre fin. Ce n’est pas Saddam ou Milosevic qui menace le monde entier, c’est Bush. » Dans le même texte, Collon développe : « Ce n’est pas aux gouvernements occidentaux de décider qui doit diriger tel ou tel pays du tiers monde et selon quels intérêts. C’est à ces peuples eux-mêmes qu’il revient d’en décider. Mais si on laisse Washington occuper ces régions, aucune lutte sociale ou démocratique n’en deviendra plus facile, bien au contraire. Seules les multinationales y gagnent. » [11]

Or, quand les peuples de pays non occupés par les États-Unis mais perçus comme leurs opposants par Collon et sa clique se révoltent et demandent le départ des dictateurs qui les oppriment, il ne s’agit pas pour Investig’Action de « lutte sociale ou démocratique », mais d’opérations sous faux drapeau des États-Unis et de leur alliés qu’il convient donc de dénoncer comme « impérialistes » (puisque si ces révoltes aboutissaient, des régimes qui quoique dictatoriaux sont « anti-impérialistes » risqueraient de tomber, avantageant supposément les États-Unis). Comme si des gens plongés dans la misère, la dictature et/ou la guerre avaient vraiment besoin qu’on leur souffle le mot pour se révolter !

Collon explique également qu’à ses yeux, ce qu’il appelle le « ni-ni » « condamne le mouvement anti-guerre à la passivité. Parce qu’elle met sur le même pied l’agresseur et l’agressé. » [12]. Or, il est évident pour qui sait lire ce que Collon écrit ci-dessus que l’« agressé » sous sa plume est en fait le dictateur qui opprime son peuple et non le peuples lui-même (car le peuple irakien par exemple n’a-t-il pas été autant agressé par Saddam Hussein que par les Américains ?). Un tel mépris des peuples laisse pantois de la part de quelqu’un qui prétend les défendre.

Et quand bien même des États occidentaux ou leurs alliés chercheraient à tirer leur épingle du jeu en finançant telle ou telle partie en présence (en général pas n’importe lesquelles et pas les plus progressistes), cela justifie-t-il de jeter le bébé avec l’eau du bain, en taisant au passage, comme dans le cas de la Syrie (ou pour le moment pas grand monde ne soutient les révoltés démocrates) des ingérences bien réelles celles-là aux côtés des régimes oppresseurs, comme celle de l’Iran dans le cas présent ? Ah oui, mais c’est que pour Michel Collon, l’ingérence d’un État opposé aux États-Unis sur le plan de la diplomatie dans les affaires d’un autre État, ce n’est pas de l’ingérence, mais de « l’anti-impérialisme ».

Collon et son équipe ont beau jeu ensuite de dénoncer le « deux poids deux mesures » qui consiste selon eux à dénoncer en priorité les crimes des dirigeants opposés aux États-Unis et de taire ceux de l’impérialisme occidental, « deux poids deux mesures » qu’ils attribuent tout à la fois aux médias dominants, aux dirigeants politiques et à de larges pans de la gauche et de l’extrême gauche [13].Or, que font-ils d’autre que de tenir eux-mêmes un discours relevant lui aussi d’une forme de « deux poids, deux mesures » ?

Parmi les exemples de cette vision manichéenne du monde défendue par Michel Collon on trouve bien entendu le Venezuela (où il convient de soutenir la répression - puisqu’elle est de « gauche » - contre l’opposition - nécessairement d’extrême droite et putschiste) ou l’Ukraine (où il convient de dénoncer les néo-nazis à Maïdan et de ne dire mot de ceux qui soutiennent en face la politique poutinienne).

S’agissant de la Syrie, il est ironique de constater que jusqu’à cet été [14], les préoccupations du moment de notre chasseur de « médiamensonges », à savoir le départ de jeunes djihadistes européens vers la Syrie, qu’il présentait comme un phénomène important, rejoignaient - en pire car eux étaient souvent plus mesurés malgré tout - celles des médias dominants qui sur la même période ont également écrit nombre d’articles sur le sujet, avec pour conséquence de faire passer l’ensemble de l’opposition syrienne pour une bande de dangereux islamistes et occultant complètement ses composantes progressistes, qui pourtant font la guerre également aux islamistes radicaux. Toujours à propos du dossier syrien, et pour se dédouaner de l’accusation de complotisme, Investig’Action a publié en janvier dernier un texte de Bahar Kimyongür dénonçant un prétendu conspirationnisme des médias dominants sur la Syrie [15]. Démarche qui relève de l’hypocrisie car, même si leur traitement de ce conflit n’est pas au-dessus de toute critique, quel crédit apporter aux critiques de Collon et Kimyongür quand de leur côté ils écrivent ou publient encore aujourd’hui des textes de désinformation bacharistes ambigus vis-à-vis du régime d’Assad quand ils ne le défendent pas franchement, reprenant des informations émanant du site soutenu par le militant d’extrême droite et entrepreneur Frédéric Chatillon, Infosyrie, quand il existait encore [16] ? Le site Investig’Action a donc beau jeu de dénoncer encore récemment, sous la plume du sociologue Saïd Bouamama, la « construction médiatique des "djihadistes" » quand il y participe pleinement [17].

De fréquentations douteuses…

Ce positionnement a conduit Michel Collon à organiser ou à participer à des événements organisés en soutien aux dictatures de Mouammar Kadhafi et de Bachar Al-Assad aux côtés de figures de l’extrême droite complotiste, au nom de cet anti-impérialisme borgne selon lequel il y a des ennemis principaux et des ennemis secondaires et que face aux ennemis principaux (l’impérialisme occidental, voire « américano-sioniste ») il est possible de constituer des alliances temporaires avec les ennemis secondaires (l’extrême droite et/ou les dictatures et régimes autoritaires qui dirigent certains États et qui sont qualifiés à tort et à travers d’« anti-impérialistes » comme par exemple l’Iran des mollahs, la Syrie d’Al-Assad, la Chine ou encore la Russie de Poutine). Plus prosaïquement, on peut résumer cette position ainsi : « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ».

Ainsi, le 2 septembre 2011, Michel Collon organisait à Bruxelles un rassemblement « anti-impérialiste » de soutien à Mouammar Kadhafi alors que les négationnistes Ginette Skandrani et Maria Poumier en organisaient un à Paris le lendemain. L’appel commun à ces deux rassemblements a été posté sur le site d’Investig’Action [18], ainsi que l’appel plus spécifique à la manifestation parisienne [19].

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Appel à manifester en soutien à Kadhafi publié sur le site Investig’Action, sur lequel apparaissent les noms de l’association « Entre la plume et l’enclume » animée par Maria Poumier et « La pierre et l’olivier » animée par Ginette Skandrani. « L’appel fr

Le 31 mars suivant, c’est à un meeting parisien de soutien à Bachar Al-Assad qu’il participait, aux côtés toujours de Ginette Skandrani (dans le public), de Bruno Drweski (compagnon de route du négationniste Claude Karnoouh et admirateur du régime biélorusse), de ses compatriotes Jean Bricmont et Bahar Kimyongür (militant du DHKPC turc, poursuivi dans son pays d’origine mais néanmoins soutien du régime tortionnaire syrien), de Julien Teil (ex-animateur de Mécanopolis, site suisse d’extrême droite complotiste), du père Michel Lelong (curé intégriste défenseur de Maurice Papon et de Roger Garaudy), de Komnen Becirovic (collaborateur de BI, ex-Balkans Infos, journal pro-Milosevic d’extrême droite), de Ayssar Midani (une des principales propagandistes bacharistes en France, choyée par divers médias d’extrême droite comme le Cercle des Volontaires ou Égalité et Réconciliation) sous l’œil attendri des chabihas syriens qui ont filmé chaque personne présente dans le public [20].

Sur le plan international, Michel Collon a été l’un des participants notoires à la conférence bruxelloise Axis for Peace de 2005, moment fondateur du renouveau du confusionnisme qu’on constate depuis dix ans. C’est à cet événement organisé par Thierry Meyssan et son entourage qu’il a sans doute pour la première fois rencontré Dieudonné, dont la dérive commençait pourtant alors à devenir évidente pour tout le monde.

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Michel Collon à Axis For Peace, en grande discussion avec Dieudonné et Thierry Meyssan.

Étaient également présents à cet événement sponsorisé notamment par le média d’extrême droite américain American Free Press des proches de Lyndon LaRouche - dont sa femme, Helga Zepp-LaRouche - , l’historienne stalinienne Annie Lacroix-Riz, l’impayable physicien Jean Bricmont et diverses barbouzes sud américaines, syriennes, russes, etc.

On pourrait citer de nombreux autres exemples de ces collusions rien qu’en dressant un panel des auteurs rouges-bruns, complotistes ou militants d’extrême droite publiés par Michel Collon. Ainsi, dans l’ouvrage collectif qu’il a co-dirigé notamment avec sa consœur Aurore Van Opstal (aujourd’hui collaboratrice à la fois d’Olivier Mukuna et de Pierre Carles [21]) Israël parlons-en, Michel Collon a sollicité, aux côtés des contributions de figures de la gauche altermondialiste, celles de Tariq Ramadan et surtout de Paul-Eric Blanrue, opportuniste au parcours politique en dents de scie [22] mais toujours très marqué à l’extrême droite, chose que Collon ne pouvait ignorer : en 2010, soit l’année de la sortie de ce livre, Blanrue diligentait avec l’aide de Jean Bricmont (autre proche de Michel Collon) une pétition internationale de soutien au négationniste Vincent Reynouard signée par le gotha de l’extrême droite antisémite. L’année suivante, alors qu’épuisé, le livre était réédité sans pour autant avoir été expurgé de la collaboration de cet auteur, Blanrue sortait de son côté un film à la gloire de Robert Faurisson intitulé « Un homme ».

N’oublions pas non plus le soutien apporté par Michel Collon et ses amis à Souhaïl Chichah dans le conflit qui a opposé ce dernier à Caroline Fourest en février 2012 [23]. Accusant Fourest d’islamophobie, Chichah, ex-assistant à l’Université libre de Bruxelles, a perturbé une de ses conférences organisée à l’université, l’empêchant de s’exprimer et appelant élégamment, sous couvert de second degré, à rien de moins que sa « lapidation ». Le problème est que, quoi qu’on pense par ailleurs de Caroline Fourest, Chichah n’est certainement pas le mieux placé pour dénoncer le racisme, lui qui déclarait en 2010 : « Moi, la question du négationnisme, elle ne m’intéresse pas. D’ailleurs, je n’ai pas d’avis puisqu’il est interdit d’avoir un avis dessus ». Or, ce qui est interdit, ce n’est pas d’avoir un avis sur le négationnisme mais de défendre publiquement des opinions négationnistes. Nuance. Toujours suite à cet événement, c’est à Nordine Saïdi, président du parti Égalité, exclu du Mrax (équivalent du Mrap en Belgique) pour propos racistes et auteur de nombreuses autres déclarations tendancieuses [24] que Collon a apporté son soutien [25].

Sur le site Investig’Action, les signatures et sources douteuses pullulent également. Une des principales est Bahar Kimyongür, militant du parti turc DHKPC qui, alors qu’il est victime de poursuites de l’État turc en raison de ses opinions politiques, ne semble apparemment pas voir la contradiction qu’il y a à tenir des meetings avec des soutiens du dictateur tortionnaire syrien ni à prendre la pose avec deux de ses supportrices, Ayssar Midani et la sœur Mariam Agnès de La Croix [26].

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Bahar Kimyongür, figure de proue du collectif Investig’Action, prend la pose en compagnie de deux lobbyistes francophones du régime syrien : Ayssar Midani et la sœur Mariam Agnès de la Croix. (Source : Michelcollon.info)

On trouve aussi, parmi les contributeurs et soutiens de Collon, Annie Lacroix-Riz. Apparemment, c’est même elle qui aurait rédigé pour le site Investig’Action les notices biographiques de Collon [27] et la déclaration d’intention du collectif [28]. Son nom apparaît également comme signataire de la rubrique des liens sur le site d’Investig’Action, rubrique qui reste pour le moment vide [29]. Elle aussi présente à Axis For Peace, Lacroix-Riz s’est illustrée en popularisant la théorie du complot synarchique [30] mais aussi en acceptant de donner des conférences pour l’organisation de Jacques Cheminade Solidarité et Progrès [31] - véritable secte politique - ,en manifestant en soutien à Kadhafi aux côtés de la négationniste Ginette Skandrani le 3 septembre 2011 [32] ou en participant à la dernière université d’automne de l’UPR de François Asselineau contre l’Union européenne [33]. Porte-parole à la fois du Pôle pour une renaissance communiste en France (PRCF) et du Front syndical de classe (FSC), elle a à plusieurs reprises ces dernières années condamné les actions des antifascistes visant Michel Collon [34] et a elle même fait les frais de ces actions, notamment à Lille.

Autre exemple : le Venezuela, où les sources de Collon sont invariablement chavistes, émanant même éventuellement de français expatriés travaillant pour le régime [35]. On y trouve ainsi la signature de Romain Migus (à la fois collaborateur du Réseau Voltaire de Thierry Meyssan et membre de la commission Amérique latine du Parti de gauche) ou même des soraliens, comme l’universitaire Vincent Lapierre [36] (principal propagandiste visant à faire de Soral l’héritier français de Chavez), ou encore Meriem Laribi, prise en flagrant délit de quenelle à Caracas alors qu’elle y effectuait des reportages avec pour guides entre autres Migus et Jean Araud, français expatrié lui aussi collaborateur d’Investig’Action. Quand l’imposture a été révélée suite à la publication d’un de ses articles sur Rue89 et alors qu’elle collaborait au même moment au site d’extrême droite Le Cercle des Volontaires, Michel Collon a publié un texte de Laribi défendant la quenelle comme un geste subversif [37]. Il est vrai que Michel Collon lui-même ne voit apparemment pas de problème à publier le Cercle, ni à être relayé par lui [38]. Il lui arrive même de saluer amicalement ses tenanciers sur Twitter (en même temps que le média d’extrême droite Agence info Libre et la conspirationniste délirante Chantal Dupille dite Eva R-sistons) :

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Michel Collon lance un « FF » (« Follow Friday »), c’est-à-dire en langage Twitter une invitation à ses abonnées à découvrir et à suivre d’autres comptes, ici ceux de la télévision vénézuélienne TeleSur, de l’Agence Info Libre, du Cercle des Volontaires (@Le_CDV), de Russeurope (site animé par l’économiste Jacques Sapir et caractérisé par son alignement sur la politique de Vladimir Poutine) et de Chantal Dupille (@rsistons)

Toujours sur les questions internationales, Michel Collon a tout récemment publié au moins deux contributeurs qui à peu près au même moment se sont illustrés par leur participation à une conférence prétendument « antisioniste » organisée par l’Iran : Pepe Escobar et Caleb Maupin [39].

… en fréquentations vraiment infréquentables

A la droite de l’extrême droite (si tant est que ce soit possible), Collon a même déjà publié Geneviève Béduneau, candidate conspirationniste du Rassemblement Bleu Marine aux dernières législatives à Paris [40]. Depuis que les antifascistes lillois ont pointé cette publication [41], l’article a été effacé [42], mais manque de chance pour Collon, la version imprimable est toujours disponible via un moteur de recherche [43]. Côté barbouzes, on trouve toujours des articles de Gilles Munier, correspondant à Alger en 1968 et 1969 de la revue La Nation européenne, issue du mouvement d’extrême droite Jeune Europe. Gilles Munier, proche du régime de Saddam Hussein, a été mis en examen dans l’affaire Pétrole contre nourriture. Enfin, Collon publiait jusqu’en 2009 des articles du « juif qui se hait lui-même » (selon ses propres dires) Gilad Atzmon, devenu depuis la coqueluche d’Alain Soral.

Depuis sa rencontre avec Dieudonné à Axis For Peace, Michel Collon n’a d’ailleurs pas manqué une occasion de défendre Dieudonné, notamment en publiant les textes élogieux d’Olivier Mukuna, hagiographe de Dieudonné, à la gloire de l’ex-humoriste [44]. Lors de la récente affaire des « quenelles », Collon a publié un texte défendant sa liberté d’expression tout en condamnant son confusionnisme qui profite à l’extrême droite [45]. Une inflexion critique qui lui permet cependant de s’épargner toute autocritique et de tenter de se refaire une virginité antifasciste à peu de frais, tant Dieudonné est une figure repoussoir caricaturale.

Signe qui ne trompe d’ailleurs pas : dans le même temps, Michel Collon plaît à Alain Soral et Investig’Action apparaît parmi les « sites amis » en lien sur le site d’Égalité et Réconciliation.

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La lecture du site de Michel Collon est vivement conseillée sur celui d’Alain Soral, juste après celle d’Alain de Benoist.

Jamais semble-t-il Collon n’a condamné ce fait, même s’il a eu des mots avec Soral en mai 2011, ce dernier trouvant Collon et Bricmont pas assez « antisionistes » à son goût et les accusant d’avoir voulu organiser le boycott de son livre Comprendre l’empire en Belgique. Insultés par Soral, les deux énergumènes belges ont pourtant jugé bon de lui répondre (comme s’il y avait quelque chose à lui répondre) en arguant qu’il « est plus que temps de fonder à nouveau les débats politiques sur des bases factuelles sérieuses » [46].

Ainsi, plutôt que de traiter clairement Soral de menteur, on a préféré laisser la porte ouverte possible à un débat sur des « bases factuelles sérieuses », sous-entendant que Soral, qui se revendique lui-même « national-socialiste » [47], serait quelqu’un avec qui on peut avoir des débats politiques et rationnels et le légitimant ainsi comme un interlocuteur crédible. Bien que critiquant certains positionnements de Soral, le communiqué publié par la suite par Investig’Action était encore plus clair puisqu’il se concluait ainsi : « Michel Collon est également disposé à débattre avec Alain Soral dès septembre si l’occasion se présente. » [48]. Ainsi donc, il y aurait lieu de « débattre » avec Alain Soral. Mais pourquoi donc au fait ? Pour arrondir les angles ? Dans quel but ? Collon considérerait-il Soral comme un allié potentiel avec lequel il convient de discuter, voire de se réconcilier ?

Il est permis de se le demander, car en dépit de ses dénégations (en mai dernier Michel Collon publiait une charge contre le député belge proche d’Alain Soral Laurent Louis afin de s’en distancier [49]), il a tout récemment accordé une interview au site du dessinateur Joe le Corbeau, Croah.fr [50]. Or, Joe le Corbeau est un proche d’Alain Soral et de Dieudonné et a été mis en cause ces derniers mois à plusieurs dans des affaires d’incitation à la haine raciale qui ont fait l’objet de nombreux articles dans la presse au printemps dernier. Dès lors, Michel Collon ne saurait ignorer la nature du site Croah.fr.

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Michel Collon en bonne compagnie sur Croah.fr, entre deux « quenelles » et un appel à soutenir le panafricaniste fasciste Kemi Seba.

Sur ces bases, à plusieurs reprises, des interventions de Michel Collon ont pu être perturbées voire annulées suite à la mobilisation de groupes antifascistes dénonçant ses drôles d’accointances [51]. Plutôt que de corriger le tir suite aux critiques qui lui ont été faites, il a toujours choisi de persévérer sur la ligne qui est la sienne, n’hésitant pas au besoin à menacer ses détracteurs de procès - pas le moindre des paradoxes pour ce prétendu partisan de la liberté d’expression [52].

On comprend dès lors que Michel Collon ne porte pas les antifascistes dans son cœur, et que lutter contre l’antifascisme soit devenu pour lui une priorité bien plus haute que de lutter contre l’extrême droite. Dont acte [53].

[1Cet article est une reprise d’un article initialement paru sur le site « Observatoire du néo-conservatisme », qui dénonce les opposants aux théories du complot et les antifascistes comme des « néocons », aux côtés de diverses figures médiatiques comme BHL, Philippe Val, ou Alain Finkielkraut. www.michelcollon.info/Faux-antifascistes-et-Indymedia.html?lang=fr

[2Régulièrement invité à la ManiFiesta, la fête annuelle du PTB, Michel Collon y a animé en 2011 un débat sur les révolutions arabes avec, outre un invité palestinien et un invité tunisien, Jean Bricmont et Tariq Ramadan. La vidéo est visible ici : www.youtube.com/watch?v=FiLKNpX5Yt4

[3Impossible de connaître la date de création du collectif Investig’Action sur le site de Collon, mais ce serait en 2004 si on en croit le site de l’émission de Taddeï « Ce soir ou jamais » : www.france2.fr/emissions/ce-soir-ou-jamais/diffusions/22-01-2013_24189

[4D’après Les Inrockuptibles (dans un article visant par ailleurs à défendre Taddeï contre les critiques de Caroline Fourest sur son confusionnisme), il aurait été invité six fois entre le début de l’émission en 2006 et janvier 2014 : www.lesinrocks.com/2014/01/29/actualite/les-contre-verites-de-caroline-fourest-sur-frederic-taddei-11466469/

[5Toutefois, on ne trouve pas trace de cette supposée appartenance ailleurs que dans la biographie de Michel Collon publiée sur son site et dans l’article Wikipedia qui lui est consacré et qui la copie, si ce n’est qu’en 2007, il a participé à un événement international organisé par Telesur : www.cercle-venezuela.blogspot.fr/2007/05/journes-internationales-de-telesur-dbat.html. D’après un autre article publié chez Collon en novembre 2005, il aurait été « appelé » à en faire partie, ce qui ne veut pas dire qu’il en soit membre : www.michelcollon.info/034-TeleSur-c-039-est-bien-plus.html. Michel Collon est tout de même cité, aux côtés du Réseau Voltaire de Thierry Meyssan, comme une source fiable dans deux articles parus sur le site de Telesur, mais sans mention d’une appartenance à ce comité (voir : www.telesurtv.net/articulos/2013/09/27/falsos-positivos-falsas-banderas-falsa-legalidad-imperial-798.html et telesurtv.net/articulos/2012/02/18/festejos-de-la-victoria). De plus, d’après le militant du logiciel libre Richard Stallman, qui s’en est retiré en 2011 suite au soutien de Telesur à Kadhafi, ce comité ne serait en fait qu’une coquille vide puisqu’il n’aurait fonctionné qu’au moment du lancement de la chaîne en 2005 : http://www.stallman.org/archives/2010-nov-feb.html#26%20February%202011%20%28Telesur%20Propaganda%29. Parmi les personnalités qui en sont membres, on compte Ignacio Ramonet, ex-directeur du Monde diplomatique.

[6Voir cet appel en date du 20 septembre ici : www.youtube.com/watch?v=Z9u-WWdkpoo

[8Hormis quelques rares vidéos, par exemple sur Chavez, reprises depuis YouTube et tournées par d’autres.

[9Michel Collon, à l’occasion de son récent appel à dons, annonce parmi ses projets en cours la création d’une chaîne vidéo. Pourtant, quand on regarde sa chaîne YouTube, on constate qu’il n’est déjà pas capable de produire lui-même ou avec son équipe du contenu vidéo de qualité et que la très grande majorité des vidéos postées ont été filmées par d’autres. Seules deux vidéos assez médiocres semblent avoir été tournées ou montées par l’équipe d’Investig’Action, dont l’appel à dons. On se demande dans ces conditions comment elle pourrait être capable d’animer une véritable chaîne vidéo, sauf comme à son habitude à reprendre à son compte le travail réalisé par d’autres, ce qui ne nécessite bien entendu aucun investissement financier particulier.

[10C’est sous cette dénomination qu’un éditorialiste belge membre de Human Rights Watch, Jean-Paul Marthoz, désigne nos idéologues belges préférés : http://blog.lesoir.be/lalibertesinonrien/2012/02/27/la-syrie-et-les-anti-imperialistes-borgnes/. Collon ne s’y est pas trompé puisque, bien que son nom ne soit pas cité dans l’article de Marthoz (ni aucun autre d’ailleurs), il s’est tout de même senti visé : www.michelcollon.info/Lettre-ouverte-au-journal-Le-Soir,3704.html

[12Ibid.

[13Par exemple dans ces deux textes publiés sur Investig’Action : www.michelcollon.info/L-hypocrisie-du-deux-poids-deux.html?lang=fr et michelcollon.info/La-Crimee-est-russe-et-Mayotte-est.html ?lang=fr.

[14Depuis, la situation ayant évolué, Investig’Action se recentre sur la dénonciation de l’intervention occidentale contre Daesh, qui est notamment qualifiée de « terroriste » sous la plume de Nadia Khost, contributrice syrienne du site de Silvia Cattori sur lequel Investig’Action a été recopier son article : www.michelcollon.info/Syrie-le-terrorisme-au-nom-de-la.html?lang=fr

[16Par exemple cette interview de Jacques Vergès : www.michelcollon.info/Jacques-Verges-En-Syrie-il-faut.html?lang=fr

[20Un appel avait été lancé par des antifascistes locaux contre la tenue de cette réunion : http://paris.indymedia.org/spip.php?article10459 (contenu malheureusement indisponible au moment de publication de cet article)

[21Concernant Mukuna, elle a cogéré avec lui le site Femmedechambre.be jusque très récemment, site où Bricmont, Dieudonné and co avaient régulièrement leurs entrées. Début avril 2014, elle a annoncé arrêter cette collaboration, sans en détailler les raisons, mais avec l’envie d’ouvrir un blog consacré au « féminisme radical ».

[22Passant du légitimisme (tendance la plus dure du royalisme, prônant le retour de la branche bourbonne sur le trône de France) au militantisme en faveur du rationalisme, fréquentant tantôt le B’nai B’rith tantôt les Amis de Rivarol, faisant mine de dénoncer l’antisémitisme puis faisant la promotion du négationnisme, Blanrue mériterait à lui seul un article. On se contentera pour le moment de sa fiche Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul-%C3%89ric_Blanrue

[23Un bon résumé de cette sordide affaire et une liste des soutiens de Chichah est disponible ici : http://contresubversion.wordpress.com/2012/02/14/souhail-chichah-de-plus-en-plus-isole/ Les textes de soutien à Chichah publiés sur Investig’Action sont ici : www.michelcollon.info/Clash-Chichah-Fourest-l-ULB-Alma.html?lang=fr et là : www.michelcollon.info/Fourest-chahutee-a-Bruxelles.html?lang=fr

[24Par exemple en refusant de condamner les attentats du 11-septembre ou en déclarant que Fourest soutenait Breivik : www.lalibre.be/actu/belgique/nordine-saidi-avait-compare-caroline-fourest-a-breivik-51b8f855e4b0de6db9c9781c

[26www.michelcollon.info/Les-omissions-de-la-Commission-d.html?lang=fr La sœur Mariam Agnès de la Croix a fait couler beaucoup d’encre par les très forts soupçons qui pèseraient sur elle concernant son implication dans la mort du journaliste Gilles Jacquier. Par ailleurs, elle s’est démenée pour construire des réseaux de soutien à Bachar Al-Assad en France, tant auprès de l’extrême droite tant sioniste (France-Israël) qu’ « antisioniste » (Infosyrie) que des confusionnistes (Comité Valmy), organisant des « voyages de presse » en Syrie et rencontrant des personnalités en France, en lien avec Thierry Meyssan. On trouve ses écrits à la fois sur des sites d’extrême droite que sur des sites rouges-bruns.

[30Afin de récuser toute théorie du complot, Annie Lacroix-Riz aime à s’autociter : ainsi, sous sa plume, la preuve que la synarchie existe, c’est qu’elle écrit des livres à ce sujet. On ne résiste pas à vous faire partager ce grand moment d’autocongratulation, paru sur le blog du secrétaire de la fédération Nord-Pas-de-Calais du PCF (www.hervepolypcf62.com/article-mise-au-point-d-annie-lacroix-riz-112396812.html) : « D’autres dossiers sur la synarchie sous l’Occupation, tellement mythique qu’elle figurera dans l’intitulé de mon nouvel Industriels et banquiers français sous l’Occupation, sous-titré Collaboration économique et triomphe des synarques, seront évidemment traités au fil de l’ouvrage, prévu pour 2013. »

[31www.solidariteetprogres.org/documents-de-fond-7/histoire/article/video-le-choix-de-la-defaiteconference-avec-l.html Par la suite, Lacroix-Riz, pourtant historienne et militante aguerrie, avait prétendu ne pas savoir qui était Jacques Cheminade.

[33www.upr.fr/videos/av/universite-dautomne-2013-de-lupr-table-ronde-sur-les-origines-et-objectifs-de-la-construction-europeenne Elle n’a pas été la seule : véritable cour des miracles confusionniste, la dernière université d’automne de l’UPR a aussi accueilli Jean Bricmont. L’édition précédente avait déjà réuni entre autres Bruno Drweski, Etienne Chouard, Jacques Nikonoff (M’Pep, ex-Attac), Robert Ménard (actuel maire RBN de Béziers), etc. Lacroix-Riz et le PRCF (mais aussi le M’Pep et les Clubs Penser la France) ont par la suite rompu avec l’UPR, découvrant un peu tard que c’était un parti de droite et qu’Asselineau ne pouvait concevoir d’union que derrière sa seule personne.

[35Les sources non chavistes ni droitières sur le Venezuela existent pourtant, une des principales étant le journal anarchiste vénézuélien El Libertario : http://periodicoellibertario.blogspot.fr/

[36Par exemple ici : www.michelcollon.info/L-AFP-en-flagrant-delit-de.html?lang=fr ou là : www.michelcollon.info/%E2%80%AFL-amour-est-le-combustible-de.html?lang=fr. On trouve aussi des discours de Chavez traduits par Lapierre (alias librepenseur007 sur YouTube) : www.michelcollon.info/Ainsi-parlait-Hugo-Chavez.html?lang=fr ou encore Lapierre et Meriem Laribi cités comme des références par Annie Lacroix-Riz : www.michelcollon.info/Dossier-Hugo-Chavez.html?lang=fr, http://confusionnisme.info/?p=473

[38Collon a lui-même accordé une interview au Cercle des Volontaires (www.cercledesvolontaires.fr/2013/01/17/entretien-avec-michel-collon-comment-liberer-linfo/) et permis de filmer une des ses conférences (www.cercledesvolontaires.fr/2013/11/07/michel-collon-pour-moi-lensemble-de-letat-disrael-est-terroriste/), voire a emprunté certains articles (par exemple ici : www.michelcollon.info/L-UE-subventionne-l-occupation-de.htm)

[39Pepe Escobar est « journaliste » à la télévision iranienne Press Tv et Caleb Maupin est un autoproclamé « journaliste radical » américain orienté à gauche qui applaudit au départ de fascistes français et allemands pour combattre à l’Est de l’Ukraine, y voyant de nouvelles « brigades internationales » (sic). Alors que tous deux étaient en visite en Iran du 27 septembre au 1er octobre pour participer à une opération de propagande du régime des mollahs, Michel Collon les a publiés le 27 pour le premier et le 30 septembre pour le second, preuve que le soutien de ces deux personnages à cette dictature ne le dérange pas. Sur ces rencontres de l’Internationale fasciste, voir : http://communismeouvrier.wordpress.com/2014/10/01/la-fachosphere-francaise-en-visite-en-iran/

[41http://paris.indymedia.org/spip.php?article13748 (contenu malheureusement indisponible au moment de publication de cet article)

[44Voir par exemple ce texte de 2005 : www.michelcollon.info/Antisemite-Dieudonne.html

[47Dans le livre qu’il a récemment co-écrit avec Eric Naulleau, Dialogues désaccordés (éditions Blanche / Hugo & Cie)

[49Non sans avoir auparavant tenté de dialoguer avec lui : www.michelcollon.info/Laurent-Louis-est-il-vraiment-anti.html

[52Voir la vidéo tournée suite à l’annulation de sa conférence à la Bourse du Travail de Paris le 9 novembre 2011 : www.youtube.com/watch?v=5fifEl9S_N0