Boite à outils

Le "livre du mardi" : Breizh info et l’imposture de l’extrême droite

le 19 septembre 2017, par Terrence Nectar

(Presque) tous les mardis, la CNAF publie la critique d’un ouvrage en lien avec le combat antifasciste.

Breizh info et l’imposture de l’extrême droite
par Charlie Grall, éditions Spered Gouez

Ce petit livre raconte une histoire. Celle de « Breizh info », journal breton fondé « par des militants principalement de gauche du mouvement breton » en 1996 et qui fut publié jusqu’en 2001. L’auteur en connaît un rayon puisqu’il en fut l’un des initiateurs. Une histoire qui permet de se (re)plonger dans une partie de l’histoire des mouvements régionalistes, autonomistes ou indépendantistes bretons, au travers de la construction d’un outil politique : un journal militant « autonomiste, voir indépendantiste, elle [la ligne du journal] est également résolument progressiste et s’inscrit dans une opposition ferme et active à l’extrême droite » . Cet ouvrage prend place dans un contexte où le titre a été récupéré par un site internet d’extrême droite identitaire ( son fondateur est un ancien de génération identitaire tendance Philippe Millaut [1]) et où un autre site internet prend un nom breton pour produire un contenu ouvertement raciste et antisémite. Son auteur a d’ailleurs été condamné à plusieurs reprises pour ses propos, et il fait actuellement mine de ne plus être en Bretagne pour échapper à des forces de l’ordre pas très motivées pour l’intercepter. C’est surtout un nécessaire rappel que le mouvement politique breton « majoritairement progressiste, humaniste,démocrate et antiraciste » est aux antipodes des clichés qui peuvent lui coller à la peau, mais que l’État et certaines forces politiques sont ravies de pouvoir utiliser pour le discréditer.

Charlie Grall retrace donc l’histoire de ce canard, et particulièrement les démêlés judiciaires avec le Front National, et de la lutte contre l’extrême droite de cette époque. En effet Breizh info avait sorti l’info qu’une maison d’édition nommée « les presses bretonnes » gravitait autour du F.N de l’époque et était devenue l’imprimerie principale des publications du front. Une entreprise qui proposait aussi d’autres ouvrages aux noms évocateurs comme Révisions, le doux parfum de l’interdit ou la revue intégriste Itinéraire. Cette révélation entraîne un dépôt de plainte de la part de ...Fernand Le Rachinel propriétaire de l’imprimerie. C’est aussi et surtout cette histoire que l’on suit au cours de ces pages. Le parallèle avec aujourd’hui est d’ailleurs très intéressant ; hier comme aujourd’hui la politique pour le F.N c’est aussi et surtout du business. Hier Le Rachinel homme d’affaire parti depuis au Parti de la France, et aujourd’hui la bande du G.UD proche de Marine Le Pen spécialisée dans les montages financiers pour tirer profits de la marque Front National/rassemblement bleu marine.

Du business Rachinel et des comités Clovis d’hier, au businness Riwal/G.U.D et aux comités Jeanne d’aujourd’hui, le logiciel politique et financier du F.N a décidément peu changé.

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