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Le "livre du mardi". Galeux de Bruno Jacquin

le 11 septembre 2018, par Gérard Delteil

La semaine dernière, nous avions chroniqué Beso de la muerte, polar de Gilles Vincent traitant notamment des Groupes Antiterroristes de Libération (GAL). Pour rester dans la thématique, nous publions cette semaine un article écrit par Gérard Delteil pour l’Anticapitaliste sur Galeux, roman noir de Bruno Jacquin.

Les crimes commis dans les années quatre-vingt par le GAL, organisation de barbouzes créée par l’État espagnol pour assassiner des militants nationalistes basques sur le territoire français, sont un peu oubliés aujourd’hui. Cette guerre secrète fit pourtant des dizaines de victimes, souvent avec la complicité des autorités et de la police française. C’est dans cette période sombre que nous plonge Bruno Jacquin.

En mai 2005, un retraité espagnol est victime d’un attentat à Saint-Sébastien. Petite fille, Inès va se lancer dans une enquête qui la conduira jusqu’au Venezuela où se sont réfugié·e·s des militant·e·s de l’ETA. Elle ressent d’autant plus cruellement cette agression que son père a été lui-même assassiné.

Pourtant, c’est d’appartenir au GAL qu’elle va être amenée à soupçonner son grand-père, et l’auteur de la tentative de meurtre pourrait être un garçon qu’elle vient tout juste de rencontrer. Qui est qui ? Quel rôle a joué le commissaire chargé officiellement de l’enquête ? Qui manipule qui ?

Ce roman nous montre comment cette guerre secrète a déchiré des proches et même des familles, car dans le milieu des exiléEs basques, tout le monde se connaît. Bruno Jacquin s’est documenté avec précision sur ce combat fratricide et sur les politiques menées par les gouvernements français et espagnols pour tenter de briser par tous les moyens, crimes et tortures, une organisation qui avait réussi à résister avec succès à la dictature franquiste et n’entendait pas abandonner la lutte. C’est donc à la fois un thriller et un roman historique qu’il nous propose. Sans faire l’apologie de l’ETA ni nier ses errements, Galeux nous rappelle que le terrorisme d’État le plus sanglant peut aussi s’exercer dans les pays riches dits « démocratiques ».

Gérard Delteil (Article initialement publié dans le numéro 391 de l’Anticapitaliste du 6 juillet 2017)

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