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Le "livre du mardi" : L’Amour à trois. Alain Soral, Eric Zemmour, Alain de Benoist

le 8 août 2017, par Pierre Dassin

(Presque) tous les mardis, la CNAF publie la critique d’un ouvrage en lien avec le combat antifasciste.

Nicolas Bonanni - L’Amour à trois. Alain Soral, Eric Zemmour, Alain de Benoist - Le Monde à l’envers, 2016, 3 €

Sur le papier – et sur Youtube – Alain Soral et Eric Zemmour semblent s’opposer férocement, pourtant la thèse de Nicolas Bonanni est qu’au-delà des invectives, ces deux têtes de gondole de la pensée d’extrême-droite défendent un projet politique beaucoup plus proche qu’il n’y paraît (sans pour autant être jumeaux). La raison est simple, tous deux occupent le rôle de relais médiatiques d’un troisième larron : Alain de Benoist, le théoricien de la Nouvelle Droite.

Dans son petit livre, Bonanni fait le choix de déconstruire ce qui fait la pensée de ses trois sujets d’étude, en laissant de côté leurs parcours militants, de leurs choix stratégiques ou tactiques respectifs (le passage de Soral au FN y est à peine évoqué).

Depuis les années 70, de Benoist et la Nouvelle Droite font l’analyse qu’un certain nombre de principes d’extrême droite hérités du 19ᵉ siècle ne sont plus opérationnels, les travaux scientifiques ont démontré à grande échelle qu’il n’y a pas d’inégalité raciale biologique et le nazisme a achevé de discréditer cette idée. Ils vont donc corrompre les sciences humaines – Anthropologie, Psychologie, Sociologie – pour défendre une inégalité qui serait d’ordre « culturel ». Soral et Zemmour ne sont que les héritiers et les propagandistes de cette évolution.

Une exception apparaît pourtant, leur sexisme stupéfiant n’a rien de « moderne ». Le livre consacre un chapitre important pour présenter leur conception de l’inégalité homme-femme. Elle est entièrement justifiée chez eux par l’anatomie et par la nature du coït : une femme « pénétrée » ne saurait être l’égale politique d’un homme « pénétrant ». À partir de ça, on comprend aisément leur position vis-à-vis des luttes LGBT…

La forme que va prendre la défense de l’occident a, par contre, été complètement renouvelée, les Juifs (pour Soral) les Arabes (pour Zemmour) ne sont plus présentés comme la cause de la « décadence » en raison de leur « race », mais pour des raisons d’ordre civilisationnel (ordre qui serait indépassable et immuable). Tous les éléments culturels y passent pour alimenter cette idée, les mœurs, les modes de vie, les arts, des épisodes historiques… et en premier lieu la religion. Zemmour va piocher dans le Coran, comme Soral le fait dans le Talmud, des citations pour justifier son racisme.

Enfin, Bonanni nous éclaire sur « l’anticapitalisme » (qui est plutôt un antilibéralisme creux) du trio. On connaît depuis le Manifeste Communiste de Marx le « socialisme réactionnaire », ils ne s’en démarquent pas tellement. Vous ne trouverez pas dans leur discours de critique de la valeur ou de la propriété privée, mais une simple dénonciation morale de certains symptômes – soigneusement choisis – du capitalisme. Il paraît plus urgent pour eux de dénoncer le « consumérisme » ou la « pornographie » (dont la matérialisation serait la loi Taubira autorisant le mariage homosexuel) que les conditions d’exploitation des salariéEs. Autant dire que les capitalistes n’ont pas grand-chose à craindre de tels « ennemis ».

Nicolas Bonnani clôt le livre sur la nécessité de construire une perspective anticapitaliste pour lutter contre l’imprégnation de ces idées réactionnaires qui irriguent le FN et l’ensemble de la société.

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