Boite à outils

Le "livre du mardi" : Le Troisième Reich

le 15 novembre 2016, par Henri Clément

Tous les mardis, la CNAF publie la critique d’un ouvrage en lien avec le combat antifasciste.

Roberto Bolaño, traduit de l’espagnol par Robert Amutio, Folio, Gallimard, 2013, 432 pages, 7,50 euros.

Dans la continuité de La littérature nazie en Amérique et Etoile distante [1], ce roman de Bolaño poursuit l’exploration de notre imaginaire et des liens qu’il continue d’entretenir avec le nazisme. La référence est clairement affichée sur la couverture du livre. Pour autant, il ne faut pas s’attendre à un portrait du régime nazi. Le Troisième Reich en question est un wargame, c’est-à-dire un jeu de stratégie sur plateau qui permet de remettre en scène la Deuxième Guerre mondiale sous le seul angle militaire. Le narrateur, Udo Berger, est un jeune allemand spécialiste de ce jeu. Tout en passant quelques semaines de vacances sur la côte espagnole, le jeune homme compte explorer dans sa chambre d’hôtel de nouvelles pistes qui permettraient aux forces de l’Axe de l’emporter. Mais sa rencontre avec le Brûlé, un homme atrocement défiguré, va faire déraper les choses.

Bolaño excelle à décrire ce petit monde de joueurs de wargames, organisé autour de cercles et de fanzines, disséquant les batailles et les options militaires. Mais ce que l’auteur parvient à mettre en scène, ce sont les conséquences de telles attitudes qui conduisent à « neutraliser » les conséquences politiques. Sans que ce soit précisé, on devine que le Brûlé est vraisemblablement un réfugié latino-américain, passé par les séances de torture d’un régime dictatorial qui bénéficia des conseils avisés de quelques SS et autres dignitaires du régime nazi. Cet homme va contraindre Udo à se replonger dans la réalité de ce régime et à se confronter aux conséquences.

Bolaño explore avec brio les structures de notre imaginaire, les liens entre l’art – la culture dans un sens plus large – et le nazisme et donc la persistance d’un certain nombre de représentations. Une lecture parfois dérangeante – comme la liste des généraux hitlériens comparés aux grands noms de la littérature allemande – mais indispensable à l’heure où l’extrême-droite relève la tête.

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[1Ces deux romans sont disponibles au format poche chez Christian Bourgois, collection Titres.