Revue du web

La France en face

le 31 octobre 2013, par Christian Laine

Documentaire de Jean-Robert Viallet diffusé lundi 28 octobre sur France 3.
En replay jusqu’au lundi 4 novembre à 12 h.

http://www.france3.fr/emissions/documentaires/videos/91073271

Ce documentaire s’intéresse à une France qui n’intéresse personne : la France d’au-delà des banlieues, celle des endroits "hors du cadre", là où vivent des populations dont les médias et les politiques ne parlent jamais.

Chérie, j’ai rétréci le peuple !
Le géographe Christophe Guilluy (Fractures françaises, Flammarion, 8 €) a théorisé l’existence de cette France périphérique (parfois mal nommée France périurbaine), des campagnes et des petites villes, où vivent 65 % de la population française dans une quasi invisibilité.
Bien loin du mythe des classes moyennes et de l’image d’Épinal de la maison individuelle, ces territoires sont ceux de la fragilité sociale, de la relégation des catégories populaires chassées des villes par le prix de l’immobilier, des perdants de la mondialisation et de la désindustrialisation. Éliminés socialement et géographiquement, ces classes populaires le sont aussi politiquement (par exemple : plus un seul député n’est ouvrier, pour la première fois depuis la Libération) et culturellement (combien de romans ou de films parlent des catégories populaires ?). Ils ne font plus partie d’une société qui continue sans eux. Les classes dominantes se débarrassant ainsi à bon compte de la "question sociale" : la grève, c’est bien, surtout dans les livres d’histoire ...

Au Front de la mondialisation
Cette France "cassée" a divorcé d’avec les grands partis et ne perçoit plus de différence entre la Droite et une Gauche qui l’a trahi mille et une fois.
Désormais massivement abstentionnistes, une partie de ces catégories populaires s’est toutefois saisi du vote FN comme seul moyen d’exprimer leur "plainte sociale". Un électeur ouvrier sur trois a voté Marine Le Pen à la Présidentielle de 2012 (et presque un sur deux dans certaines régions). Ne nous y trompons pas : l’immense majorité des électeurs populaires du FN ne veulent pas le retour du régime de Vichy, ils veulent que ça change, ou au minimum qu’on les écoute un peu. En ce sens, il ne sert à rien de dénoncer en boucle un discours "populiste" tant qu’on ne répond pas aux problèmes populaires. Pour une chômeuse d’Hénin-Beaumont, le "front républicain" apparaît d’abord comme le programme commun des élites, Droite et Gauche confondues, pour se maintenir au pouvoir.
Les défis à relever pour arracher les catégories populaires de l’intoxication du FN sont immenses : pointer les vrais responsables de leur mal-vivre, redonner un espoir à Gauche et une place dans la société pour notre classe.